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Spider-Man: New Generation

Affiche de Spider-Man: New Generation

Spider-Man: New Generation

Titre original : Spider-Man: Into the Spider-Verse

Réalisation : Bob Persichetti, Peter Ramsey et Rodney Rothman

Voix VO : Shameik Moore, Jake Johnson, Hailee Steinfeld, Mahershala Ali

Voix VF : Stéphane Bak, Valentin Merlet, Camélia Jordana, Frantz Confiac

Production / distribution : Columbia Pictures, Sony Pictures Animation, Marvel Entertainment / Sony Pictures Releasing France

Durée : 1 h 57

Adaptation : Jeunesse

Sortie : 12 décembre 2018

★★★★★ 5/5

Après plusieurs incarnations de Spider-Man au cinéma, Spider-Man: New Generation aurait facilement pu ressembler à une variation supplémentaire autour du célèbre héros Marvel. Il fait exactement l’inverse. En plaçant Miles Morales au centre de son histoire et en bouleversant les codes visuels de l’animation, le film réussit à réinventer Spider-Man sans jamais trahir ce qui fait son identité.

Miles Morales, un nouveau Spider-Man

Miles est un adolescent de Brooklyn partagé entre une famille aimante mais exigeante, une nouvelle école dans laquelle il peine à trouver sa place et son envie de tracer son propre chemin. Lorsqu’une araignée radioactive le mord, il développe des capacités similaires à celles de Spider-Man.

Mais le scénario ne cherche surtout pas à refaire simplement l’histoire de Peter Parker avec un autre personnage. Miles possède sa famille, son environnement, sa culture et ses propres difficultés. Son père Jefferson, policier qui se méfie de Spider-Man, et son oncle Aaron occupent notamment une place essentielle dans sa construction.

Ses pouvoirs deviennent eux-mêmes le prolongement de ses incertitudes. Miles est incapable de les contrôler parce qu’il n’est pas encore capable d’accepter celui qu’il devient. Son parcours consiste moins à apprendre comment utiliser ses pouvoirs qu’à comprendre qu’il n’existe aucune méthode permettant de devenir Spider-Man.

Plusieurs Spider-Man sans sacrifier l’histoire

L’ouverture accidentelle de passages entre plusieurs dimensions permet à différentes versions de Spider-Man de se retrouver dans le monde de Miles. Peter B. Parker, Gwen Stacy, Spider-Man Noir, Peni Parker et Spider-Cochon pourraient facilement n’être que des clins d’œil destinés aux amateurs de comics.

Ils possèdent pourtant tous une fonction dans le récit. Peter B. Parker est particulièrement réussi : vieillissant, désabusé, séparé de Mary Jane et loin de l’image habituelle du super-héros triomphant, il devient malgré lui le mentor de Miles.

La relation fonctionne dans les deux sens. Peter apprend à Miles à devenir Spider-Man tandis que Miles oblige progressivement Peter à retrouver celui qu’il était. Gwen bénéficie également d’une véritable personnalité et d’une histoire suffisamment forte pour ne jamais être réduite au rôle de personnage féminin accompagnant le héros.

Même les versions les plus extravagantes participent à l’idée centrale du film : il n’existe pas une seule manière d’être Spider-Man.

Kingpin et une menace directement liée au multivers

Le multivers n’est d’ailleurs pas utilisé uniquement pour réunir différentes versions du héros. Wilson Fisk, alias le Caïd, cherche à utiliser un accélérateur de particules afin de retrouver sa femme et son fils disparus.

Le personnage conserve ainsi une motivation personnelle derrière son apparence de colosse presque monstrueux. Ses actes menacent plusieurs réalités, mais ils trouvent leur origine dans quelque chose de beaucoup plus intime : son incapacité à accepter la perte.

Cette motivation crée un parallèle intéressant avec plusieurs héros du film. Peter B. Parker vit lui aussi avec ses regrets, Gwen avec ses blessures et Miles avec ses pertes. Là où les héros doivent apprendre à continuer, Fisk cherche littéralement à modifier la réalité pour retrouver ce qu’il a perdu.

Un véritable comic book en mouvement

C’est pourtant visuellement que Spider-Man: New Generation accomplit sa révolution la plus évidente. Les réalisateurs Bob Persichetti, Peter Ramsey et Rodney Rothman ne cherchent pas à faire oublier que Spider-Man vient de la bande dessinée. Ils en font au contraire le cœur de leur mise en scène.

Trames d’impression, points Ben-Day, décalages de couleurs, cases, onomatopées, bulles de pensée et lignes suggérant le mouvement envahissent régulièrement l’image. Certains arrière-plans utilisent même des procédés rappelant les erreurs d’impression des anciens comics.

Le film joue également avec le nombre d’images et la fluidité des personnages. Au début de son apprentissage, Miles peut sembler légèrement moins fluide que les Spider-Man expérimentés. À mesure qu’il prend confiance, son animation évolue avec lui.

Ce choix est fondamental : la technique ne sert pas uniquement à rendre le film spectaculaire. L’animation raconte elle-même l’évolution du personnage.

Chaque univers possède sa propre identité

La prouesse devient encore plus impressionnante lorsque les différents Spider-Man se retrouvent dans la même image. Spider-Man Noir semble provenir d’un vieux polar monochrome, Peni Parker emprunte au manga et à l’animation japonaise tandis que Spider-Cochon assume une animation proche du cartoon.

Plutôt que d’uniformiser ces personnages pour les intégrer au même univers, le film conserve leurs différences. Plusieurs traditions graphiques et plusieurs époques de la bande dessinée peuvent ainsi cohabiter dans une même scène.

Cette approche donne au multivers une justification visuelle. Il ne s’agit plus seulement de personnages venant de dimensions différentes : ils donnent réellement l’impression de venir d’œuvres différentes.

La chute qui devient une ascension

Toute cette inventivité culmine lors de la transformation définitive de Miles en Spider-Man. Après avoir passé une grande partie du film à essayer de reproduire ce que font les autres, il comprend enfin qu’il doit trouver sa propre manière d’être le héros.

La séquence du « saut de la foi » résume parfaitement cette idée. Miles se jette du haut d’un immeuble et la mise en scène retourne visuellement la ville : alors qu’il tombe physiquement vers le sol, l’image donne l’impression qu’il s’élève.

C’est à cet instant que Miles cesse d’être quelqu’un qui possède les pouvoirs de Spider-Man pour devenir réellement Spider-Man. Son nouveau costume, personnalisé avec ses propres couleurs et son propre style, achève cette transformation.

Le film réussit alors quelque chose d’assez rare : créer une scène immédiatement emblématique pour un personnage qui n’avait encore jamais été le héros principal d’un long métrage.

Une bande originale qui appartient à Miles

La musique participe également à cette identité. Le film mélange composition orchestrale, hip-hop et morceaux contemporains pour accompagner l’univers urbain de Miles.

L’utilisation de « Sunflower » de Post Malone et Swae Lee est devenue indissociable du personnage, mais la bande originale ne sert pas seulement à donner au film une tonalité moderne. Elle contribue à différencier immédiatement Miles des précédentes incarnations cinématographiques de Peter Parker.

Image, musique, vêtements, graffitis et environnement urbain construisent ainsi un Spider-Man possédant sa propre culture visuelle et sonore.

« N’importe qui peut porter le masque »

Derrière sa virtuosité technique, Spider-Man: New Generation repose finalement sur une idée extrêmement simple : Spider-Man n’est pas défini par la personne qui se trouve sous le masque.

Peter Parker reste important, mais il n’est plus présenté comme l’unique incarnation possible du héros. Miles n’a pas besoin de devenir Peter pour mériter le costume. Il doit devenir sa propre version de Spider-Man.

C’est probablement la plus grande réussite du film. En élargissant la mythologie, il ne diminue jamais l’importance du personnage original. Au contraire, il démontre la puissance du concept imaginé autour de Spider-Man : derrière le masque peut se trouver quelqu’un de différent, à condition d’accepter la responsabilité qui accompagne ses pouvoirs.

Un film qui a changé l’animation américaine

L’importance de Spider-Man: New Generation dépasse finalement la franchise Spider-Man. Son succès critique et son Oscar du meilleur film d’animation ont démontré qu’une grande production pouvait abandonner la recherche d’un rendu toujours plus lisse pour adopter une identité graphique beaucoup plus radicale.

Dans les années suivantes, plusieurs productions d’animation américaines ont elles aussi privilégié des partis pris graphiques très affirmés et le mélange de techniques. Les Mitchell contre les machines, Le Chat Potté 2 : La Dernière Quête ou encore Ninja Turtles: Teenage Years témoignent, chacun à leur manière, de cette nouvelle liberté visuelle.

New Generation n’a évidemment pas inventé l’animation stylisée, mais son succès a participé à démontrer qu’elle pouvait devenir le cœur esthétique d’un blockbuster destiné au très grand public.

En résumé

Spider-Man: New Generation réussit à renouveler profondément le mythe de Spider-Man grâce à une identité visuelle exceptionnelle et à un récit qui fait de Miles Morales bien plus qu’un simple remplaçant de Peter Parker. L’animation mêle avec une inventivité folle les codes du comics et du cinéma, tandis que les différents Spider-héros apportent humour et variété sans faire perdre au film son cœur émotionnel.

Quelques facilités narratives et un affrontement final très chargé visuellement n’empêchent pas l’ensemble de fonctionner remarquablement bien. Drôle, spectaculaire et souvent touchant, le film impose Miles comme un véritable Spider-Man et ouvre brillamment la voie à une nouvelle manière d’adapter les comics au cinéma.

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