Nightwing — Tome 5
Dernier envol
Éditeur : Urban Comics
Sortie originale : 24 avril 2015
Après avoir tenté de reconstruire sa vie à Chicago, Dick Grayson voit une nouvelle fois son existence bouleversée. Dernier envol porte particulièrement bien son nom : ce cinquième tome referme toute une période de la vie de Nightwing et prépare un changement majeur pour le personnage. L’histoire reste intéressante et souvent touchante, mais l’album souffre malheureusement d’une forte instabilité graphique qui rend parfois la lecture étonnamment difficile.
La parenthèse de Chicago touche déjà à sa fin
Le précédent volume avait offert à Dick Grayson un nouveau départ prometteur. Installé à Chicago, loin de Batman et de Gotham, Nightwing commençait enfin à construire son propre environnement et à s’émanciper davantage de son mentor.
Mais cette stabilité ne dure pas. Kyle Higgins poursuit les éléments installés précédemment tout en entraînant progressivement Dick vers une nouvelle rupture. C’est efficace sur le plan dramatique, mais également un peu frustrant : à peine Chicago et ses personnages commençaient-ils à trouver leur place que la série doit déjà préparer autre chose.
Dick Grayson rattrapé par son passé
Comme souvent depuis le début de cette série, Dick tente d’avancer alors que son passé refuse de le laisser tranquille. Ses relations, son histoire familiale et les conséquences de ses choix continuent de peser sur lui.
Higgins maîtrise toujours très bien son personnage. Nightwing n’est jamais présenté comme une simple version plus jeune de Batman. Dick possède davantage de légèreté, entretient plus facilement des relations avec son entourage et conserve une certaine chaleur même lorsque tout s’écroule autour de lui.
Cette humanité reste l’une des principales qualités du tome et, plus généralement, de toute cette période de Nightwing.
Une série qui n’aura jamais laissé Nightwing tranquille
En cinq volumes, Dick Grayson aura rarement eu le temps de souffler. Le cirque Haly, la Cour des Hiboux, le Joker puis Chicago : chaque tentative pour reconstruire sa vie finit par être remise en question.
Dernier envol accentue encore cette impression. Dick semble condamné à perdre régulièrement ce qu’il vient de construire avant de chercher une nouvelle manière d’avancer.
Cette mécanique devient parfois répétitive, mais elle donne aussi une certaine cohérence au parcours du personnage. Nightwing ne se définit finalement pas par ce qu’il possède, mais par sa capacité à repartir après chaque chute.
Une conclusion un peu précipitée
C’est probablement l’une des frustrations de ce dernier volume. Sweet Home Chicago avait réussi à offrir à Nightwing un environnement réellement différent de Gotham et ouvrait de nombreuses possibilités.
La conclusion arrive finalement assez vite et certains éléments auraient mérité davantage de développement. On ressent que le destin éditorial de Dick Grayson commence à prendre le dessus sur la trajectoire que la série semblait vouloir suivre.
Cela n’empêche pas plusieurs moments d’être réussis, mais Dernier envol donne parfois davantage l’impression de devoir conduire Dick vers sa prochaine étape que de conclure naturellement tout ce qui avait été construit jusque-là.
Une instabilité graphique qui pénalise la lecture
C’est surtout sur le plan graphique que l’album pose problème. Plusieurs artistes interviennent au fil des épisodes et les différences de styles sont parfois particulièrement importantes. Visages, silhouettes, expressions ou proportions peuvent changer suffisamment pour créer une véritable rupture d’une séquence à l’autre.
Le problème dépasse alors la simple préférence esthétique. Certains personnages semblent presque changer d’apparence suivant les pages et il faut parfois quelques instants pour identifier immédiatement qui l’on regarde. À certains moments, on pourrait presque croire être passé dans un autre album.
Pris séparément, plusieurs passages fonctionnent pourtant très bien et certains dessins sont réellement réussis. C’est leur juxtaposition qui pose problème. Pour une histoire reposant autant sur les personnages et leurs relations, cette absence d’unité visuelle nuit directement à la fluidité du récit.
La fin d’une époque pour Dick Grayson
Malgré ces défauts, le titre Dernier envol prend pleinement son sens lorsqu’on replace le tome dans le parcours général du personnage. Il ne s’agit pas uniquement de terminer une aventure : une période entière de la vie de Dick Grayson arrive à son terme.
C’est ce qui sauve en grande partie l’album. Higgins conserve jusqu’au bout ce qui rend son Nightwing attachant et réussit à donner une dimension émotionnelle à cette rupture. On aurait simplement aimé que la conclusion bénéficie de davantage de temps et surtout d’une identité graphique suffisamment cohérente pour accompagner correctement ce moment important.
En résumé
Dernier envol propose une conclusion intéressante au parcours de Nightwing sous Kyle Higgins, avec un Dick Grayson toujours aussi attachant et une véritable sensation de fin de cycle. Mais l’impression de précipitation et surtout les changements graphiques très marqués fragilisent considérablement l’album. Certains personnages semblent presque différents d’une séquence à l’autre, au point de rendre ponctuellement l’histoire difficile à suivre. Une conclusion importante pour Dick Grayson, mais nettement moins maîtrisée que les meilleurs tomes de cette période.
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