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Astérix et la Surprise de César

Affiche de Astérix et la Surprise de César

Astérix et la Surprise de César

Réalisation : Paul et Gaëtan Brizzi

Voix VF : Roger Carel, Pierre Tornade, Pierre Mondy, Serge Sauvion

Production / distribution : Gaumont International, Dargaud Films, Les Productions René Goscinny / Gaumont

Durée : 1 h 19

Adaptation : Jeunesse

Sortie : 11 décembre 1985

★★★★★ 4/5

Près de dix ans après Les Douze Travaux d’Astérix, les irréductibles Gaulois retrouvent le cinéma avec Astérix et la Surprise de César. Sorti en 1985 et réalisé par Paul et Gaëtan Brizzi, le film marque une nouvelle époque : René Goscinny est mort en 1977, les Studios Idéfix ont disparu et la production est désormais assurée notamment par Gaumont, Dargaud Films et Les Productions René Goscinny. Pierre Tchernia signe l’adaptation, construite à partir de deux albums, Astérix légionnaire et Astérix gladiateur.

Deux albums pour construire une seule aventure

Plutôt que d’adapter intégralement un album, le film réalise un assemblage assez habile. Il emprunte à Astérix légionnaire l’enlèvement de Falbala et Tragicomix ainsi que l’engagement d’Astérix et Obélix dans l’armée romaine, avant de rejoindre Astérix gladiateur et les jeux du cirque.

Sur le papier, la méthode pouvait facilement donner l’impression de regarder deux histoires collées ensemble. Pourtant, la recherche de Falbala et Tragicomix fournit un fil rouge suffisamment solide pour relier les différentes étapes.

Le résultat perd forcément quelques éléments des albums, mais gagne une véritable progression cinématographique. Village, camp romain, désert et Rome permettent également au film de renouveler constamment ses décors sans perdre de vue son objectif.

Obélix prend encore davantage de place

C’est surtout Obélix qui donne au récit son moteur émotionnel. Son amour pour Falbala apporte une vulnérabilité amusante à celui que rien ne semble normalement pouvoir arrêter.

Pierre Tornade, qui succède à Jacques Morel dans le rôle, compose un Obélix particulièrement expressif. Face à lui, Roger Carel reste un Astérix impeccable, plus raisonnable et suffisamment complice pour suivre son ami dans cette aventure.

Cette complémentarité fonctionne particulièrement bien : Astérix reste souvent celui qui réfléchit, mais c’est Obélix qui donne ici au voyage sa raison d’être.

 

Une nouvelle génération derrière Astérix

La disparition de René Goscinny avait brutalement interrompu l’aventure des Studios Idéfix, liquidés après sa mort. Albert Uderzo s’était alors éloigné pendant plusieurs années des adaptations cinématographiques. La Surprise de César constitue donc une véritable renaissance d’Astérix sur grand écran.

Paul et Gaëtan Brizzi héritent d’une tâche difficile : succéder à une période où les créateurs eux-mêmes avaient pris en main leurs films. Les deux frères ne cherchent heureusement pas à reproduire exactement Les Douze Travaux d’Astérix.

Ils proposent une animation plus ambitieuse techniquement et un dessin qui conserve très correctement l’identité d’Uderzo. La production mobilise environ 150 personnes et nécessite quelque 100 000 dessins et 600 décors peints. Les frères Brizzi poursuivront d’ailleurs ensuite leur carrière dans l’animation, notamment chez Disney.

Plus spectaculaire, mais moins inventif

Visuellement, le bond en avant est appréciable. Les déplacements, les scènes militaires et surtout les séquences romaines bénéficient d’une animation plus souple et d’une mise en scène qui cherche davantage le spectacle.

Mais quelque chose s’est aussi perdu depuis Les Douze Travaux. Le film de 1976 bénéficiait d’une histoire créée spécifiquement pour le cinéma et pouvait donc se permettre toutes les folies. Ici, le scénario revient à une construction plus classique.

L’humour fonctionne, les personnages sont parfaitement reconnaissables et plusieurs situations restent très efficaces, mais on retrouve moins cette impression que le film peut soudainement partir absolument n’importe où. La Surprise de César est plus abouti techniquement, mais moins surprenant dans son écriture.

L’absence de Goscinny se ressent forcément

Il serait excessif de prétendre que l’humour d’Astérix disparaît avec René Goscinny. Pierre Tchernia connaissait parfaitement cet univers et avait déjà collaboré étroitement avec lui. Les deux albums utilisés constituent également une formidable matière première.

Pourtant, après Astérix et Cléopâtre et surtout Les Douze Travaux d’Astérix, son absence se ressent. La mécanique comique est toujours là, mais elle paraît moins incisive, avec davantage d’aventure et moins de cette folie satirique capable de transformer une simple administration en l’une des scènes les plus mémorables de l’animation française.

C’est peut-être ce qui définit le mieux La Surprise de César : un très bon Astérix d’aventure, davantage qu’un grand Astérix de satire.

En résumé

Astérix et la Surprise de César réussit le retour au cinéma des Gaulois après presque dix ans d’absence. La fusion d’Astérix légionnaire et d’Astérix gladiateur fonctionne étonnamment bien, Obélix occupe une place centrale et les frères Brizzi offrent à la série une évolution technique bienvenue.

Il lui manque cependant la liberté et la folie des Douze Travaux d’Astérix. Plus spectaculaire mais aussi plus conventionnel, le film ouvre une nouvelle période pour l’Astérix animé sans atteindre le sommet de son prédécesseur. Un retour solide, drôle et généreux, même si l’ombre de Goscinny plane inévitablement sur l’aventure.

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