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Les Douze Travaux d’Astérix

Affiche de Les Douze Travaux d’Astérix

Les Douze Travaux d’Astérix

Réalisation : René Goscinny, Albert Uderzo et Pierre Watrin

Voix VF : Roger Carel, Jacques Morel, Jean Martinelli, Pierre Tornade

Production / distribution : Studios Idéfix, Dargaud Films, Les Productions René Goscinny / Gaumont Distribution, Pathé Consortium Cinéma

Durée : 1 h 18

Adaptation : Jeunesse

Sortie : 20 octobre 1976

★★★★★ 5/5

Huit ans après Astérix et Cléopâtre, Astérix et Obélix reviennent au cinéma avec Les Douze Travaux d’Astérix. Sorti en 1976, le film marque une étape importante : René Goscinny et Albert Uderzo ne se contentent plus d’adapter l’un de leurs albums, mais imaginent avec Pierre Tchernia une histoire originale spécialement conçue pour le cinéma. C’est également la première aventure d’Astérix produite par les Studios Idéfix, fondés en 1974 par Goscinny, Uderzo et Georges Dargaud.

Une histoire pensée directement pour le cinéma

C’est probablement ce qui fait toute la différence. Les Douze Travaux d’Astérix n’est l’adaptation d’aucun album existant : César, lassé de voir ses légions constamment humiliées, soumet les Gaulois à douze épreuves inspirées des travaux d’Hercule afin de déterminer s’ils sont réellement des hommes ou des dieux.

Cette liberté permet à Goscinny et Uderzo de ne plus se demander comment transformer leurs cases en séquences animées. Ils peuvent directement écrire en fonction du mouvement, du son et du rythme. La construction en douze épreuves donne naturellement au film une forme de succession de sketches, mais elle lui permet surtout de changer constamment de décor et de registre.

Course, hypnose, repas gargantuesque, traversée d’un repaire de fantômes ou épreuve administrative : chaque étape peut développer sa propre mécanique comique.

La maison qui rend fou, sommet de l’humour de Goscinny

Une séquence écrase presque toutes les autres dans la mémoire collective : la maison qui rend fou et son fameux laissez-passer A-38.

L’idée est géniale parce qu’elle retire aux héros tous leurs avantages habituels. Impossible de vaincre l’administration avec de la potion magique ou les poings d’Obélix. Astérix doit affronter des guichets, des formulaires, des étages et des employés qui le renvoient méthodiquement les uns vers les autres.

Surtout, la solution trouvée par Astérix résume parfaitement l’humour de Goscinny : puisqu’il est impossible de battre un système absurde en respectant ses règles, il suffit de retourner son absurdité contre lui. La satire de la bureaucratie fonctionne encore près de cinquante ans plus tard parce que le gag dépasse largement l’univers d’Astérix.

Astérix et Obélix au meilleur de leur complémentarité

Le film profite aussi d’un duo désormais parfaitement installé. Astérix réfléchit, observe et contourne les difficultés quand Obélix privilégie naturellement une méthode beaucoup plus directe.

Les épreuves permettent justement d’exploiter leurs différences. La force d’Obélix devient parfois la solution, parfois presque inutile, tandis que l’intelligence d’Astérix prend le relais dès que les muscles ne suffisent plus.

Roger Carel et Jacques Morel maîtrisent désormais parfaitement leurs personnages. Les voix ne semblent plus accompagner Astérix et Obélix : elles font complètement partie de leur identité.

Les Studios Idéfix changent la dimension du projet

Après les expériences réalisées avec Belvision, Goscinny et Uderzo veulent disposer de leur propre outil de production. Avec Georges Dargaud, ils fondent en 1974 les Studios Idéfix à Paris. Les Douze Travaux d’Astérix en devient le premier long métrage. Sa fabrication s’étale sur environ trente mois et mobilise quelque 500 000 dessins et 400 décors.

Le progrès par rapport à Astérix le Gaulois est considérable. L’animation possède davantage de souplesse, les décors sont plus variés et, surtout, le mouvement devient lui-même une source de gags.

Tout n’est évidemment pas aussi fluide ou détaillé que dans les grandes productions américaines de l’époque. Mais le film n’essaie plus simplement de reproduire le dessin d’Uderzo : il cherche à retrouver son énergie.

C’est probablement la véritable réussite des Studios Idéfix.

Une liberté qui permet toutes les folies

L’absence d’album à respecter autorise également Goscinny, Uderzo et Tchernia à pousser l’univers beaucoup plus loin. Les héros passent d’une satire administrative à une île paradisiaque, rencontrent un hypnotiseur, affrontent des phénomènes surnaturels et se retrouvent dans des situations parfois complètement absurdes.

Et pourtant, contrairement à beaucoup de films qui confondent absurdité et accumulation gratuite, Les Douze Travaux d’Astérix conserve presque toujours sa logique interne. Chaque épreuve établit une règle avant de chercher la manière la plus inattendue de la détourner.

C’est précisément ce qui permet au film de rester drôle aujourd’hui. Les références ont parfois vieilli, l’animation également, mais la mécanique des gags demeure remarquablement moderne.

Un film devenu plus célèbre que l’album… qui n’existait pas

La situation est d’ailleurs assez amusante : beaucoup peuvent avoir l’impression que Les Douze Travaux d’Astérix adapte un album, notamment parce qu’une version illustrée de l’histoire a ensuite été publiée.

C’est pourtant l’inverse. Le scénario a d’abord été conçu pour le cinéma ; les publications sur papier sont dérivées du film. Celui-ci occupe donc une place unique parmi les aventures animées classiques d’Astérix.

Il représente aussi l’aboutissement du désir de Goscinny et Uderzo de maîtriser eux-mêmes leurs adaptations. Après avoir découvert Astérix le Gaulois pratiquement terminé sans avoir réellement participé à sa conception, puis repris la main avec Astérix et Cléopâtre, ils disposent désormais de leur propre studio et d’une histoire créée spécifiquement pour l’écran.

En résumé

Les Douze Travaux d’Astérix représente sans doute l’une des meilleures démonstrations de ce que Goscinny et Uderzo pouvaient accomplir lorsque le cinéma n’était plus considéré comme le simple prolongement de leurs albums. L’histoire originale leur permet de jouer avec le rythme, le mouvement et une succession d’idées dont plusieurs sont devenues cultes.

Certaines épreuves fonctionnent mieux que d’autres et l’animation porte naturellement les marques de son époque, mais l’écriture demeure redoutablement efficace. De la maison qui rend fou aux affrontements les plus absurdes, le film possède surtout cette qualité essentielle : près d’un demi-siècle plus tard, ses meilleurs gags font toujours rire.

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