The Flash
Titre original : The Flash
Avec : Ezra Miller, Michael Keaton, Sasha Calle, Michael Shannon
Production / distribution : Warner Bros. Pictures, DC Films, Double Dream, The Disco Factory / Warner Bros. France
Durée : 2 h 24
Adaptation : Comics
Sortie : 14 juin 2023
Après avoir incarné Barry Allen dans Batman v Superman et Justice League, Ezra Miller obtient finalement son aventure solo en 2023. Réalisé par Andy Muschietti, The Flash puise librement dans Flashpoint et utilise le voyage dans le temps pour bouleverser l’univers DC. Michael Keaton retrouve son Batman plus de trente ans après Batman : Le Défi, tandis que Sasha Calle fait ses débuts dans le rôle de Supergirl.
Les bébés tombent du ciel… et le film avec eux
Il ne faut malheureusement pas attendre longtemps pour comprendre que quelque chose ne va pas. La grande séquence d’ouverture voit Flash tenter de sauver plusieurs bébés tombant d’un hôpital en train de s’effondrer. Sur le papier, l’idée convient parfaitement au personnage : exploiter sa vitesse dans une situation impossible, multiplier les actions simultanées et montrer immédiatement l’étendue de ses capacités. À l’écran, le résultat devient presque immédiatement embarrassant. Bébés numériques peu crédibles, mouvements artificiels, corps sans poids : les effets visuels attirent tellement l’attention qu’ils empêchent de s’intéresser à ce qui se passe.
Le ton comique n’arrange rien. La mise en scène insiste sur l’absurdité de la situation alors que les images peinent déjà à rendre l’action crédible. Ce qui devait probablement constituer une ouverture spectaculaire devient ainsi un avertissement involontaire sur ce qui nous attend pendant les deux heures suivantes. Quelques minutes suffisent à installer le principal problème de The Flash : un film consacré à un pouvoir extraordinaire dont les images rendent constamment l’extraordinaire artificiel.
Flash n’a jamais semblé aussi peu rapide
Représenter la vitesse de Flash constitue évidemment un défi. Comment montrer ce qu’un personnage perçoit lorsqu’il se déplace tellement vite que le monde entier semble immobile ? Le film trouve ponctuellement de bonnes idées, notamment lorsque Barry observe son environnement au ralenti et peut intervenir sur plusieurs événements avant que les autres personnages aient seulement eu le temps de comprendre ce qui arrive. Mais ces idées sont régulièrement sabotées par leur exécution.
Visages déformés, doublures numériques évidentes, textures artificielles et mouvements étranges donnent parfois l’impression d’assister à une cinématique de jeu vidéo. Andy Muschietti a défendu l’aspect particulier de certaines images en expliquant qu’elles correspondaient à la perception de Barry lorsqu’il utilise ses pouvoirs. L’intention peut parfaitement s’entendre, mais elle ne suffit pas à faire fonctionner le résultat. Un effet volontairement artificiel reste artificiel lorsqu’il sort constamment le spectateur du film.
Deux Barry Allen : une bonne idée qui finit par fatiguer
L’une des meilleures idées du scénario consiste pourtant à confronter Barry à une version plus jeune de lui-même. Ezra Miller peut ainsi opposer un héros déjà marqué par les conséquences de son parcours à un autre qui n’a pas vécu les mêmes traumatismes. Le premier connaît le poids de ses pouvoirs tandis que le second les découvre comme un gigantesque terrain de jeu. Barry se retrouve finalement face à certains de ses propres défauts et comprend à quel point ils peuvent devenir agaçants lorsqu’ils lui sont renvoyés en pleine figure.
Le problème vient encore une fois de la manière dont le film pousse son concept. Le jeune Barry est tellement immature, bruyant et surexcité qu’il devient rapidement épuisant. La relation entre les deux versions conserve néanmoins un intérêt, notamment lorsqu’elle permet de montrer comment deux vies presque identiques peuvent prendre des directions radicalement différentes. Il y avait là suffisamment de matière pour construire un excellent film consacré à Flash sans avoir besoin d’y ajouter tout le catalogue DC.
Michael Keaton : quand le fan service fonctionne réellement
Puis Michael Keaton apparaît, et pendant un moment, la nostalgie fonctionne. Le costume, la Batcave, la musique de Danny Elfman et les références aux films de Tim Burton sont évidemment destinés à provoquer une réaction chez les spectateurs qui ont connu ce Batman. Mais contrairement à plusieurs autres apparitions du film, Keaton ne se contente pas de traverser l’écran pour déclencher un souvenir. Son Bruce Wayne participe véritablement à l’histoire et retrouve rapidement cette étrange combinaison de sobriété, de folie et de détachement qui caractérisait son interprétation.
C’est précisément pour cela que son retour fonctionne : Michael Keaton revient interpréter Batman, il ne revient pas simplement montrer Batman. Le problème est presque cruel pour Barry Allen, puisque l’un des éléments les plus enthousiasmants du premier film consacré à Flash reste le retour d’un personnage provenant d’une saga vieille de plus de trente ans. La nostalgie est ici efficace, mais elle finit aussi par voler une partie de son propre film au héros.
Sasha Calle méritait beaucoup mieux
Même frustration avec Sasha Calle. Sa Supergirl possède immédiatement une personnalité et se distingue suffisamment de Superman pour ne jamais donner l’impression d’être son simple substitut. Cette Kara est méfiante, agressive et profondément marquée par ce qu’elle a vécu. Avec relativement peu de scènes, l’actrice parvient à donner envie d’en découvrir davantage sur elle.
Mais The Flash n’a tout simplement pas le temps de lui offrir beaucoup plus. Entre les deux Barry, Batman, le voyage temporel, le multivers et le retour de Zod, Supergirl devient une nouvelle pièce dans une mécanique déjà surchargée. Le film introduit ainsi une incarnation prometteuse du personnage sans véritablement pouvoir l’explorer, d’autant plus frustrante que l’univers cinématographique auquel elle appartient arrive déjà à son terme.
Le retour de Zod transforme le film en gigantesque recyclage
Le retour de Michael Shannon permet de rejouer une partie des événements de Man of Steel dans une réalité différente. L’idée n’est pas mauvaise : modifier un élément du passé et constater comment toute une histoire connue s’en trouve transformée correspond parfaitement au principe du film. Barry découvre surtout qu’il ne suffit pas de connaître l’avenir pour pouvoir le réparer.
Malheureusement, cette idée intéressante débouche une nouvelle fois sur une gigantesque bataille numérique. Zod devient davantage un élément nécessaire au scénario qu’un véritable antagoniste et le film retrouve progressivement les explosions, destructions et affrontements en images de synthèse des blockbusters super-héroïques les plus conventionnels. Après avoir passé une bonne partie du récit à modifier les règles, The Flash finit curieusement par reproduire celles qu’on connaît déjà.
Et puis arrive cette fameuse scène du multivers…
C’est probablement le moment où le film franchit définitivement une limite. The Flash entreprend de célébrer plusieurs décennies d’adaptations DC en faisant apparaître différentes incarnations de ses héros et plusieurs possibilités issues du multivers. Sur le principe, la séquence aurait pu constituer une immense déclaration d’amour à l’histoire de DC au cinéma. Dans les faits, elle est devenue l’un des passages les plus controversés du film, notamment par son utilisation numérique de figures liées à des acteurs disparus.
Au-delà même du débat que cela provoque, la scène fonctionne difficilement sur le plan cinématographique. Les visages artificiels sont placés au premier plan alors qu’ils comptent précisément parmi les éléments visuels les moins convaincants du film. La différence avec Michael Keaton est flagrante : Keaton revient physiquement jouer un personnage et possède une fonction dans l’histoire ; ici, plusieurs figures deviennent essentiellement des images destinées à être reconnues. Le multivers cesse alors d’être un outil narratif pour devenir une vitrine de musée numérique.
Une véritable émotion prisonnière d’un mauvais blockbuster
C’est peut-être ce qui rend The Flash aussi frustrant : derrière tout ce chaos se trouve une histoire beaucoup plus simple qui aurait pu être réellement touchante. Barry ne bouleverse pas le temps pour devenir plus puissant ou empêcher la destruction du monde. Il veut retrouver sa mère et réparer le traumatisme qui a défini toute son existence. Son pouvoir lui offre précisément ce dont n’importe quelle personne endeuillée pourrait rêver : la possibilité de revenir en arrière.
Le film touche alors à quelque chose d’intéressant en confrontant Barry à une réalité particulièrement cruelle : être capable de changer le passé ne signifie pas qu’il faut le faire. Quelques scènes parviennent réellement à retrouver cette émotion et rappellent le film que The Flash aurait pu être. Mais cette histoire intime doit constamment lutter contre Batman, Supergirl, Zod, les deux Barry, le multivers, les caméos et une quantité considérable d’effets numériques. À vouloir devenir un événement consacré à toute l’histoire de DC, le film finit par oublier que son meilleur sujet était simplement Barry Allen.
En résumé
The Flash possède quelques vraies qualités, notamment le retour réussi de Michael Keaton, une Sasha Calle convaincante et une histoire autour de Barry et de sa mère qui apporte une émotion bienvenue. Le principe des deux Barry contient également de bonnes idées et aurait pu suffire à porter le film.
Mais l’exécution gâche largement ce potentiel. La séquence des bébés annonce dès l’ouverture des effets spéciaux souvent douteux, tandis que la dernière partie s’enferme dans une débauche numérique jusqu’à une séquence du multivers aussi artificielle que controversée. À vouloir célébrer toute l’histoire de DC, The Flash finit par étouffer la sienne.
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