Hellboy II : Les Légions d'or maudites
Titre original : Hellboy II: The Golden Army
Avec : Ron Perlman, Selma Blair, Doug Jones, Luke Goss
Production / distribution : Universal Pictures, Relativity Media, Lawrence Gordon Productions, Dark Horse Entertainment / Universal Pictures International France
Durée : 2 h
Adaptation : Comics
Sortie : 29 octobre 2008
Quatre ans après un premier film particulièrement attachant, Guillermo del Toro retrouve Hellboy pour une suite encore plus ambitieuse. Entre créatures fantastiques, royaumes oubliés et humour décalé, le réalisateur délaisse progressivement l’univers des super-héros pour se rapprocher du conte merveilleux. Plus spectaculaire, plus inventif et visuellement beaucoup plus riche, Hellboy II : Les Légions d’or maudites constitue une réussite qui dépasse son prédécesseur sur de nombreux aspects.
Une guerre entre deux mondes
Depuis des siècles, une trêve fragile permet aux humains et aux créatures fantastiques de coexister. Mais le prince Nuada, héritier d’un ancien royaume elfique, refuse de voir son peuple disparaître face à l’expansion de l’humanité. Pour rétablir la puissance de son monde, il entreprend de réunir les fragments d’une couronne capable de réveiller une armée mécanique quasiment invincible : la Légion d’or.
Hellboy, Liz Sherman, Abe Sapien et les membres du Bureau de Recherche et de Défense sur le Paranormal doivent empêcher cette catastrophe. Mais leur mission se complique lorsque Hellboy commence à remettre en question sa place parmi les humains, tandis que sa relation avec Liz traverse une période difficile.
Guillermo del Toro dans toute sa splendeur
Si le premier Hellboy possédait déjà une véritable identité visuelle, cette suite permet à Guillermo del Toro de déployer pleinement son imagination. Le réalisateur multiplie les créatures étranges, les architectures improbables et les univers fantastiques, avec une générosité qui rappelle immédiatement Le Labyrinthe de Pan.
La visite du marché des Trolls constitue probablement la séquence la plus emblématique du film. Chaque recoin regorge de personnages, de monstres et de détails qui donnent l’impression d’explorer un monde réellement vivant. Del Toro ne se contente pas d’accumuler les effets spéciaux : il construit un univers cohérent, fascinant et parfois inquiétant.
Le mélange entre maquillages traditionnels, animatroniques et images numériques fonctionne remarquablement bien. Là où certains effets du premier film commencent à dater, Hellboy II conserve une richesse visuelle impressionnante, notamment grâce au travail réalisé sur les créatures physiques.
Un Hellboy toujours aussi attachant
Ron Perlman retrouve son personnage avec un plaisir évident. Son Hellboy demeure impulsif, maladroit, parfois insupportable, mais profondément humain. Le film développe davantage ses difficultés à vivre caché et son désir d’être accepté par une société qu’il protège sans réellement en faire partie.
Sa relation avec Liz apporte une dimension plus intime à l’aventure. Le couple fonctionne notamment grâce à ses disputes et à son quotidien chaotique, même si certaines situations reposent sur un humour assez convenu.
Abe Sapien bénéficie également d’une place beaucoup plus importante. Sa rencontre avec la princesse Nuala permet d’explorer une facette romantique du personnage, tandis que ses échanges avec Hellboy donnent lieu à plusieurs scènes particulièrement amusantes.
L’arrivée de Johann Krauss, spécialiste ectoplasmique enfermé dans une combinaison mécanique, complète efficacement cette galerie de personnages. Son opposition avec Hellboy apporte un ressort comique supplémentaire, même si le film aurait parfois gagné à davantage de retenue.
Le prince Nuada, un adversaire particulièrement réussi
Contrairement à Raspoutine dans le premier film, le prince Nuada possède des motivations compréhensibles et une véritable présence dramatique. Il ne cherche pas simplement à détruire le monde : il veut empêcher la disparition de son peuple et refuse d’accepter la domination des humains.
Luke Goss lui apporte une froideur et une élégance particulièrement efficaces. Ses scènes de combat, rapides et chorégraphiées avec précision, en font également un adversaire redoutable.
Le personnage fonctionne surtout comme un reflet de Hellboy. Tous deux appartiennent à un monde que l’humanité comprend mal, mais leurs réponses à cette exclusion sont radicalement différentes. Cette opposition donne au récit une profondeur bienvenue, même si le scénario n’exploite pas toujours pleinement ses implications.
Un spectacle généreux, parfois trop chargé
Avec ses nombreuses créatures, ses intrigues sentimentales, ses affrontements et ses séquences humoristiques, Hellboy IIsouffre parfois d’un certain déséquilibre. Le film multiplie les idées au risque de disperser son attention, et quelques passages comiques viennent interrompre des moments qui auraient mérité davantage de gravité.
La relation entre Abe et Nuala, notamment, évolue rapidement et manque parfois de développement. De même, certains personnages secondaires restent surtout présents pour faire avancer l’intrigue.
Mais ces défauts sont largement compensés par la créativité de l’ensemble. Del Toro parvient à donner une personnalité à presque chaque séquence et propose plusieurs morceaux de bravoure mémorables, notamment l’affrontement contre une créature végétale gigantesque ou le combat final face à Nuada.
Une suite qui aurait mérité une conclusion
Hellboy II se termine en ouvrant de nouvelles perspectives pour ses personnages. Guillermo del Toro et Ron Perlman ont longtemps souhaité réaliser un troisième film destiné à conclure leur histoire, notamment autour du destin apocalyptique de Hellboy.
Malheureusement, ce projet ne verra jamais le jour. La franchise sera finalement relancée avec un nouveau film en 2019, sans parvenir à retrouver l’identité particulière des deux adaptations de del Toro.
Cette absence de conclusion laisse un sentiment de frustration, tant ce deuxième épisode semblait annoncer une évolution importante du personnage.
Une suite supérieure au premier film
Plus libre, plus spectaculaire et surtout beaucoup plus inventive, cette deuxième aventure constitue probablement l’expression la plus aboutie de la vision de Guillermo del Toro pour Hellboy. Le réalisateur transforme l’univers des comics de Mike Mignola en un immense conte fantastique peuplé de créatures fascinantes, tout en conservant l’humour et l’humanité de son héros.
Malgré quelques longueurs et un scénario parfois surchargé, Hellboy II : Les Légions d’or maudites reste une réussite particulièrement généreuse. Un film dont la richesse visuelle et l’imagination permettent de mesurer tout ce que le cinéma fantastique a perdu avec l’abandon du troisième volet.
En résumé
Une suite plus ambitieuse et plus inventive que le premier film, dans laquelle Guillermo del Toro déploie un univers fantastique d’une richesse exceptionnelle. Porté par Ron Perlman, un antagoniste convaincant et des créatures mémorables, Hellboy II souffre parfois d’un scénario trop chargé, mais s’impose comme une remarquable réussite du cinéma fantastique.
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