Morbius
Titre original : Morbius
Avec : Jared Leto, Matt Smith, Adria Arjona, Jared Harris
Production / distribution : Columbia Pictures, Marvel Entertainment / Sony Pictures Releasing France
Durée : 1 h 44
Adaptation : Comics
Sortie : 30 mars 2022
Après Venom, Sony poursuit son univers consacré aux personnages Marvel liés à Spider-Man avec Michael Morbius. Jared Leto incarne un scientifique atteint d’une maladie rare qui expérimente sur lui-même un traitement utilisant l’ADN de chauves-souris. Il retrouve une santé extraordinaire, mais devient également une créature assoiffée de sang. Une origine qui pouvait donner naissance à un film fantastique sombre ; elle débouche surtout sur un récit de super-héros terriblement générique.
Une origin story qui semble avoir quinze ans de retard
Michael Morbius souffre depuis l’enfance d’une maladie du sang incurable. Devenu médecin, il consacre sa vie à trouver un traitement pour lui-même et son ami Milo. Son expérience fonctionne au-delà de ses espérances : son corps est guéri, ses capacités physiques sont décuplées et ses sens deviennent surhumains.
Évidemment, il y a un prix à payer. Morbius doit désormais consommer du sang pour conserver son apparence humaine et contrôler ses pulsions.
Le problème ne vient pas véritablement de cette histoire, parfaitement adaptée à une origin story, mais de la manière extrêmement mécanique dont elle est racontée. Expérience scientifique, découverte des pouvoirs, conséquences incontrôlables, ami qui devient ennemi puis affrontement final : Morbius déroule son programme sans pratiquement aucune surprise.
On pourrait facilement croire regarder un film de super-héros produit au milieu des années 2000.
Jared Leto manque cruellement d’un personnage à défendre
Jared Leto prend le rôle au sérieux, mais Michael Morbius est écrit de manière tellement fonctionnelle qu’il peine à exister. Le film nous explique qu’il est brillant, déterminé et profondément attaché à ses patients, sans parvenir à construire une personnalité réellement mémorable.
Son dilemme devrait pourtant être passionnant. Morbius a consacré sa vie à sauver des malades avant de devenir lui-même une créature obligée de lutter contre son besoin de sang humain. Il pourrait donc être constamment partagé entre médecin et prédateur.
Le film effleure cette contradiction puis préfère rapidement passer aux pouvoirs.
Morbius vole, possède une force surhumaine, utilise une forme d’écholocalisation et laisse derrière lui d’étranges traînées colorées. Tout cela produit quelques images intéressantes, mais ne remplace jamais un véritable personnage.
Matt Smith essaie au moins de s’amuser
Milo constitue le miroir évident de Michael. Les deux hommes souffrent de la même maladie et disposent enfin d’une possibilité de vivre normalement. Là où Morbius refuse cependant les conséquences du traitement, Milo décide d’en profiter pleinement.
Matt Smith comprend manifestement qu’il joue dans un film qui aurait bien besoin d’un peu d’énergie.
Son interprétation beaucoup plus excessive tranche avec la gravité permanente de Jared Leto. Milo danse, provoque, sourit et assume complètement sa transformation. Cette exubérance peut parfois sembler caricaturale, mais elle apporte au moins quelque chose à un film particulièrement terne.
Malheureusement, le scénario réduit progressivement le personnage à un antagoniste très classique. L’opposition entre les deux amis était pourtant l’une des rares pistes qui aurait pu donner un véritable poids émotionnel à l’histoire.
Adria Arjona réduite au strict minimum
Martine Bancroft accompagne Michael dans ses recherches et devient rapidement son principal soutien. Adria Arjona apporte une présence sympathique au personnage, mais le scénario ne lui laisse pratiquement aucune autonomie.
Elle est là pour aider Morbius, s’inquiéter pour lui et fournir une dimension sentimentale à l’histoire.
La relation entre Michael et Martine manque tellement de développement que les moments censés devenir émotionnels paraissent presque obligatoires. Comme beaucoup d’éléments de Morbius, leur romance semble exister simplement parce que le cahier des charges du film de super-héros exige une histoire d’amour.
Même les événements qui la concernent dans le dernier acte donnent davantage l’impression de préparer une éventuelle suite que d’achever correctement son parcours.
Quelques idées visuelles noyées dans des effets numériques
Daniel Espinosa tente régulièrement de donner une identité visuelle aux pouvoirs de Morbius. Les déplacements rapides du personnage créent des traînées de couleurs, son écholocalisation déforme son environnement et certaines transformations jouent efficacement avec son apparence humaine et vampirique.
Mais dès que le film bascule dans l’action, tout devient beaucoup moins convaincant.
Les affrontements entre Morbius et Milo reposent massivement sur des doublures numériques lancées à toute vitesse dans le décor. Les personnages deviennent parfois difficiles à suivre et l’abondance d’effets finit par rendre les combats étonnamment peu physiques.
Le duel final en est l’exemple parfait : beaucoup de mouvements, de particules et de chauves-souris pour un affrontement dont l’enjeu émotionnel reste extrêmement faible.
Même Tyrese Gibson semble attendre que le film se termine
Tyrese Gibson et Al Madrigal incarnent deux agents du FBI chargés d’enquêter sur les meurtres attribués à Morbius. Leur présence devrait permettre d’installer une véritable traque et renforcer la tension autour du personnage.
En pratique, leur enquête n’apporte presque rien.
Les deux agents suivent Morbius, l’interrogent puis réapparaissent lorsque le scénario en a besoin. Tyrese Gibson semble particulièrement sous-employé et son personnage aurait presque pu disparaître sans modifier profondément l’histoire.
C’est symptomatique d’un film rempli de personnages qui occupent l’écran sans réellement nourrir son récit.
Et puis viennent les scènes post-générique…
Difficile de parler de Morbius sans évoquer ses scènes post-générique, tant elles résument les problèmes de cette construction d’univers.
Michael Keaton reprend Adrian Toomes, le Vautour de Spider-Man: Homecoming, et se retrouve projeté dans l’univers de Morbius à la suite des événements de Spider-Man: No Way Home. Il contacte ensuite Morbius pour lui proposer de faire équipe.
Pourquoi ? Le film n’en sait manifestement pas beaucoup plus que nous.
La scène cherche tellement ouvertement à annoncer une future association de personnages qu’elle oublie de donner une raison cohérente à cette rencontre. Morbius accepte même d’écouter un homme qu’il ne connaît absolument pas lui parler de Spider-Man alors que ce dernier n’a pratiquement aucun rapport avec l’histoire que nous venons de regarder.
Ce n’est plus du teasing : c’est une publicité pour un film hypothétique.
Un film qui semble déjà appartenir au passé
Le plus gros problème de Morbius n’est finalement pas d’être catastrophique à chaque instant. C’est presque pire : il est terriblement quelconque.
Tout semble avoir déjà été vu ailleurs et souvent en mieux. Le scientifique transformé par sa propre expérience, le meilleur ami devenu antagoniste, la romance sous-développée, les policiers chargés de poursuivre le héros, le combat numérique final et la scène post-générique destinée à vendre la suite : le film coche méthodiquement toutes les cases.
Matt Smith apporte quelques minutes de folie et certaines idées visuelles empêchent l’ensemble d’être totalement dépourvu d’intérêt. Mais cela reste bien maigre pour donner vie à un personnage qui pouvait justement permettre à Sony de s’aventurer vers quelque chose de plus sombre et de plus étrange.
Morbius raconte l’histoire d’un homme qui cherche désespérément du sang pour survivre. Le film, lui, cherche surtout désespérément une personnalité.
En résumé
Morbius transforme un personnage potentiellement sombre et tragique en origin story générique. Jared Leto fait ce qu’il peut avec un héros peu développé, Matt Smith apporte les rares moments d’énergie et quelques effets visuels retiennent ponctuellement l’attention. Mais entre son scénario famélique, ses personnages secondaires transparents, ses combats numériques et ses scènes post-générique artificielles, le film semble déjà dépassé au moment de sa sortie.
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