L’Élève Ducobu
Avec : Vincent Claude, Élie Semoun, Juliette Chappey
Production / distribution : UGC, TF1 Films Production / UGC Distribution
Durée : 1 h 36
Adaptation : BD franco-belge
Sortie : 22 juin 2011
Créé par Zidrou et Godi, Ducobu est devenu l’un des cancres les plus célèbres de la bande dessinée franco-belge grâce à ses innombrables techniques de triche et à son éternel duel avec Monsieur Latouche. En 2011, Philippe de Chauveron transpose pour la première fois cet univers au cinéma avec Vincent Claude dans le rôle de Ducobu, Juliette Chappey dans celui de Léonie et Élie Semoun sous les traits de Latouche. Le film doit surtout relever un défi : transformer une BD constituée essentiellement de gags courts en une histoire capable de tenir pendant un long métrage.
Ducobu, un cancre plutôt bien trouvé
Vincent Claude fonctionne assez bien dans le rôle. Le film comprend que Ducobu ne doit pas simplement être un mauvais élève : il doit déployer beaucoup plus d’intelligence pour éviter de travailler qu’il ne lui en faudrait pour apprendre ses leçons.
Ses stratagèmes permettent d’ailleurs de retrouver régulièrement l’esprit de la BD. La triche devient presque une discipline artistique et le plaisir vient moins de savoir s’il réussira que de découvrir la nouvelle méthode improbable qu’il va inventer.
Le personnage est néanmoins légèrement assagi pour le cinéma. Ce Ducobu paraît plus sympathique et moins insolent que celui de certaines histoires de Zidrou et Godi, comme si le film craignait parfois que son héros devienne réellement antipathique.
Élie Semoun trouve son Monsieur Latouche
C’est probablement le choix de casting le plus évident du film. Élie Semoun assume totalement la dimension caricaturale de Monsieur Latouche : raide, autoritaire, obsessionnel et persuadé que Ducobu représente une attaque personnelle contre l’institution scolaire.
Il en fait énormément, mais le personnage l’autorise. Latouche est déjà une caricature dans la BD et son affrontement avec Ducobu repose précisément sur cette démesure.
Leur duel constitue logiquement la meilleure mécanique du film. Ducobu invente une nouvelle tricherie, Latouche tente de la déjouer et chacun pousse progressivement l’autre à devenir encore plus inventif.
Juliette Chappey complète efficacement le trio en Léonie. Première de la classe, victime régulière des tentatives de copie de son voisin, elle évite suffisamment la caricature de la petite fille modèle pour exister face aux deux personnages les plus excessifs.
Transformer des gags en véritable histoire
C’était probablement la difficulté principale de l’adaptation. La BD fonctionne énormément sur des histoires courtes et des variations autour des mêmes éléments : contrôles, bonnet d’âne, tricheries, Léonie et colères de Latouche.
Un film ne peut évidemment pas se contenter d’enchaîner ces situations pendant une heure et demie.
Philippe de Chauveron construit donc une intrigue autour de l’arrivée de Ducobu à Saint-Potache et de la menace de la pension. C’est simple, mais suffisamment efficace pour relier les différents gags et donner un objectif au personnage.
Les coutures restent néanmoins visibles. Certaines séquences ressemblent davantage à des sketches reliés entre eux qu’aux étapes d’un véritable récit. Le film fonctionne ainsi mieux dans ses petites confrontations scolaires que lorsqu’il tente d’élargir son intrigue.
Une adaptation très cartoonesque
Visuellement, L’Élève Ducobu ne cherche jamais le réalisme. Les couleurs, les costumes, l’école et surtout les personnages donnent parfois l’impression que les cases de la BD ont été volontairement exagérées en passant à l’écran.
Cela convient plutôt bien à l’univers. Le pull jaune et noir de Ducobu, les tenues de Léonie ou l’apparence de Latouche deviennent immédiatement reconnaissables sans chercher à rendre crédible ce qui ne l’était déjà pas vraiment sur le papier.
Cette volonté possède cependant son revers : le film paraît parfois excessivement artificiel. Certains personnages secondaires ne dépassent jamais le stade de la caricature et la mise en scène reste assez fonctionnelle.
L’univers de Zidrou et Godi est bien reconnaissable, mais rarement réinventé par le cinéma.
Un humour très enfantin, mais cohérent avec son héros
Contrairement à certaines comédies familiales qui cherchent constamment à glisser des plaisanteries destinées aux adultes, L’Élève Ducobu assume largement son jeune public.
L’humour repose sur la triche, les grimaces, les humiliations de Latouche et les situations scolaires. Tout ne fait évidemment pas mouche auprès d’un spectateur adulte, mais l’ensemble reste cohérent avec l’âge des personnages et l’esprit de la BD.
C’est aussi ce qui rend le film plutôt sympathique. Il ne cherche pas à transformer Ducobu en personnage branché ni à donner artificiellement à la BD une dimension qu’elle n’avait pas. Il accepte simplement son statut de comédie familiale.
Cela limite son ambition cinématographique, mais évite également de trahir complètement ce qui faisait fonctionner le personnage.
Une adaptation modeste mais attachante
L’Élève Ducobu ne possède ni une réalisation particulièrement inventive ni un scénario mémorable. Son intrigue sert principalement de prétexte pour enchaîner les situations attendues et certaines plaisanteries vieillissent rapidement.
Mais le cœur de la BD est bien présent.
Ducobu triche, Léonie s’indigne et Latouche explose. Cette mécanique extrêmement simple suffisait déjà à alimenter quantité de gags sur papier et elle conserve une certaine efficacité à l’écran.
Le film ne transcende donc jamais réellement son matériau d’origine, mais il évite aussi de vouloir le transformer en quelque chose qu’il n’est pas.
En résumé
L’Élève Ducobu reste une adaptation très simple, parfois artificielle et clairement destinée aux enfants, mais elle comprend plutôt bien la mécanique imaginée par Zidrou et Godi. Vincent Claude compose un Ducobu sympathique tandis qu’Élie Semoun trouve en Monsieur Latouche un personnage parfaitement adapté à son goût pour l’exagération.
Le passage des gags courts à un récit de cinéma montre régulièrement ses limites et l’ensemble manque d’ambition pour véritablement marquer le genre. Mais comme comédie familiale tirée de la BD, ce premier Ducobu conserve suffisamment de malice et de fidélité à ses personnages pour rester agréable.
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