Wonder Woman 1984
Titre original : Wonder Woman 1984
Avec : Gal Gadot, Chris Pine, Kristen Wiig, Pedro Pascal
Production / distribution : DC Films, Atlas Entertainment, The Stone Quarry / Warner Bros. France
Durée : 2 h 31
Adaptation : Comics
Sortie : 16 décembre 2020
Trois ans après le succès de Wonder Woman, Patty Jenkins retrouve Gal Gadot pour une deuxième aventure solo de Diana Prince. L’action quitte la Première Guerre mondiale pour les années 1980, tandis que Chris Pine revient dans le rôle de Steve Trevor et que Kristen Wiig et Pedro Pascal rejoignent la distribution en Barbara Minerva et Maxwell Lord. Sorti en France le 16 décembre 2020, Wonder Woman 1984 développe une histoire largement indépendante du premier volet.
Les années 80, davantage décor que véritable époque
Le choix de 1984 promettait énormément. Couleurs, centres commerciaux, télévision, consommation et recherche permanente de réussite : cette décennie semble parfaitement adaptée à une histoire construite autour du désir.
Le début dans le centre commercial assume d’ailleurs pleinement cette esthétique. Patty Jenkins retrouve presque le ton des adaptations de super-héros d’une autre époque, avec des criminels caricaturaux, des enfants sauvés au dernier moment et une Wonder Woman extrêmement lumineuse.
Mais cette identité s’estompe progressivement. Les années 80 deviennent surtout une succession de vêtements, de coiffures et de décors reconnaissables. Le film exploite finalement assez peu cette période autrement que comme emballage.
C’est d’autant plus dommage que l’idée centrale du film — vouloir toujours davantage — semblait faite pour cette décennie.
Diana a perdu une partie de ce qui la rendait si attachante
Le premier Wonder Woman fonctionnait notamment grâce au regard de Diana sur le monde. Elle découvrait les contradictions des humains sans perdre sa capacité à croire en eux.
En 1984, elle est devenue une héroïne expérimentée mais profondément solitaire. Gal Gadot conserve sa présence et son élégance dans le rôle, mais le personnage semble parfois étrangement figé dans le souvenir de Steve Trevor.
Son retour permet évidemment d’inverser la situation du premier film. Cette fois, c’est Steve qui découvre une époque inconnue, ses vêtements, ses inventions et ses excès. Chris Pine reste suffisamment sympathique pour que ces séquences fonctionnent.
Le problème vient plutôt de ce que son retour représente pour Diana. Le scénario souhaite parler du prix de nos désirs, mais certaines implications de cette résurrection sont à peine questionnées. Une idée émotionnellement forte finit ainsi par provoquer davantage de questions qu’elle n’en résout.
Barbara Minerva : une Cheetah qui méritait son propre film
Kristen Wiig constitue probablement l’une des meilleures idées de cette suite. Barbara Minerva commence comme une femme brillante mais effacée, fascinée par Diana et par l’assurance qu’elle semble posséder naturellement.
Son évolution permet d’aborder la jalousie, le manque de confiance et le désir de devenir quelqu’un d’autre. Pendant une bonne partie du film, Cheetah fonctionne justement parce qu’elle n’est pas encore Cheetah.
La transformation progressive de Barbara est bien plus intéressante que son apparence finale. Plus elle obtient ce qu’elle désirait, plus elle abandonne ce qui faisait d’elle une personne attachante.
Malheureusement, le film doit partager son temps entre Diana, Steve, Maxwell Lord et elle. Barbara finit donc par devenir une antagoniste plus conventionnelle au moment même où son parcours aurait mérité davantage d’attention.
Pedro Pascal en fait énormément… et c’est parfois exactement ce qu’il faut
Maxwell Lord est l’opposé parfait de Barbara. Là où elle manque de confiance, lui construit toute son existence autour de l’image d’un homme qui a réussi.
Pedro Pascal joue cette démesure sans retenue. Il transpire, gesticule, sourit excessivement et donne parfois l’impression d’être à quelques secondes de l’effondrement.
L’interprétation peut sembler outrancière, mais elle correspond finalement assez bien à l’univers du film. Maxwell Lord est un produit de cette Amérique fantasmée des années 80 où la réussite doit être visible pour exister.
Le personnage devient malheureusement lui aussi victime de l’escalade du scénario. Plus ses pouvoirs grandissent, plus le récit doit inventer des mécanismes compliqués pour les faire fonctionner.
Une idée relativement simple — que sommes-nous prêts à sacrifier pour obtenir ce que nous désirons ? — finit par produire une intrigue étonnamment laborieuse.
Une pierre magique qui permet surtout au scénario de tout faire
C’est là que Wonder Woman 1984 commence véritablement à perdre pied.
Le principe du vœu pourrait fonctionner comme un conte : chaque personnage obtient ce qu’il désire mais doit accepter une contrepartie. Il n’est pas nécessaire d’expliquer scientifiquement un objet magique.
En revanche, il faut lui donner des règles suffisamment claires pour que le spectateur comprenne les enjeux. Or le film ajoute progressivement tant de possibilités que la pierre devient presque un moyen de justifier n’importe quelle évolution du scénario.
Les pouvoirs changent, les conséquences s’accumulent et l’échelle devient gigantesque.
Le premier Wonder Woman perdait déjà une partie de sa subtilité dans son affrontement final. Cette suite reproduit le problème à l’échelle du film entier : plus elle veut devenir spectaculaire, moins son idée de départ paraît maîtrisée.
Deux heures trente et beaucoup trop d’histoires
Avec environ 2 h 31, Wonder Woman 1984 prend énormément de temps sans toujours parvenir à développer ce qui le mériterait.
Diana doit retrouver Steve, comprendre le fonctionnement de la pierre, affronter Barbara, arrêter Maxwell Lord, découvrir de nouvelles capacités et empêcher une catastrophe mondiale. Barbara et Maxwell possèdent eux-mêmes des arcs narratifs suffisamment importants pour occuper une grande partie du récit.
Le film n’est donc pas vide. C’est presque l’inverse : il contient trop de choses.
Certaines séquences fonctionnent isolément, mais l’ensemble manque de fluidité. Là où le premier film possédait une trajectoire très claire — quitter Themyscira, découvrir les hommes, comprendre la guerre — cette suite avance par blocs et digressions.
On ressent constamment l’ambition de Patty Jenkins. Beaucoup moins la nécessité de tout ce qu’elle raconte.
Une Wonder Woman plus lumineuse, mais un film beaucoup moins solide
Il reste quelque chose de sympathique dans cette volonté d’assumer un super-héroïsme presque démodé. Diana sauve des inconnus, évite autant que possible de tuer et croit encore que les hommes peuvent choisir de faire ce qui est juste.
Même visuellement, le film cherche parfois davantage l’émerveillement que la destruction. La nouvelle manière dont Diana utilise son lasso ou certaines scènes aériennes rappellent que Wonder Woman peut aussi être une héroïne merveilleuse au sens littéral du terme.
Cette sincérité mérite d’être conservée.
Mais elle se retrouve enfermée dans un scénario trop compliqué, une durée excessive et des effets numériques parfois étonnamment peu convaincants pour une production de cette ampleur. Wonder Woman 1984 possède finalement beaucoup d’idées intéressantes sans parvenir à les transformer en un film réellement cohérent.
En résumé
Wonder Woman 1984 conserve Gal Gadot, l’excellente alchimie avec Chris Pine et trouve deux antagonistes intéressants grâce à Kristen Wiig et surtout un Pedro Pascal totalement déchaîné. Son message sur le désir et le renoncement pouvait également offrir une suite particulièrement pertinente.
Mais le scénario multiplie les règles, les intrigues et les personnages jusqu’à étouffer cette belle idée de départ. Trop long et beaucoup moins maîtrisé que le premier volet, le film reste généreux et sincère, mais donne constamment l’impression qu’une aventure plus simple aurait été bien plus efficace.
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