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Iron Man 3

Affiche de Iron Man 3

Iron Man 3

Titre original : Iron Man 3

Réalisation : Shane Black

Avec : Robert Downey Jr., Gwyneth Paltrow, Don Cheadle, Guy Pearce

Production / distribution : Marvel Studios / The Walt Disney Company France

Durée : 2 h 10

Adaptation : Comics

Sortie : 24 avril 2013

★★★★★ 4/5

Après Avengers, Tony Stark retrouve son aventure solo en 2013, cette fois sous la direction de Shane Black, qui succède à Jon Favreau. Robert Downey Jr., Gwyneth Paltrow et Don Cheadle reprennent leurs rôles, tandis que Guy Pearce et Ben Kingsley rejoignent la distribution. Librement inspiré notamment de l’arc Extremis, Iron Man 3 place Tony face aux conséquences psychologiques de la bataille de New York et à une nouvelle menace incarnée par le mystérieux Mandarin.

Après Avengers, Tony Stark découvre qu’il peut avoir peur

C’est probablement l’idée la plus intéressante du film. Tony a traversé un portail extraterrestre, découvert que des dieux et des aliens existent réellement et frôlé la mort. Pour un personnage qui avait jusque-là toujours répondu au danger par son intelligence et son assurance, cette expérience laisse des traces. Insomnies et crises d’angoisse fissurent brutalement l’image du milliardaire persuadé de pouvoir tout contrôler.

Shane Black ne transforme pas Tony en personnage complètement différent. Au contraire, son obsession pour les armures devient précisément sa manière de gérer sa peur. Il construit encore et encore parce que fabriquer quelque chose demeure la seule réponse qu’il connaisse à un problème qu’il ne peut cette fois résoudre avec une machine. Derrière la multiplication spectaculaire des armures se cache donc une idée assez simple : plus Tony Stark a peur de perdre le contrôle, plus il construit des choses pour se convaincre qu’il le possède encore.

Iron Man sans Iron Man

Le choix le plus audacieux consiste alors à priver Tony de presque tout. Après l’attaque de sa maison, une grande partie du film abandonne le confort de Stark Industries, les laboratoires futuristes et même l’utilisation permanente de l’armure. Tony doit redevenir l’homme capable de fabriquer une solution avec ce qu’il trouve autour de lui.

Sa relation avec le jeune Harley permet parfois au film de basculer dans une comédie très caractéristique de Shane Black, mais elle rappelle surtout le premier Iron Man. Avant d’être un super-héros, Tony était un inventeur capable de construire la Mark I dans une grotte. Le troisième film revient donc intelligemment à cette idée : ce n’est pas l’armure qui rend Tony Stark extraordinaire, c’est Tony Stark qui rend l’armure extraordinaire.

Le Mandarin : excellente idée ou immense trahison ?

C’est évidemment le choix qui continue de diviser le plus. Tout est d’abord construit pour faire du Mandarin une menace impressionnante. Ben Kingsley lui donne une voix, une présence et une mise en scène volontairement inquiétantes, tandis que ses interventions télévisées fabriquent progressivement l’image d’un terroriste presque insaisissable.

Puis le film renverse complètement cette construction avec Trevor Slattery, acteur engagé pour jouer un rôle. Pris uniquement comme mécanique de scénario, le twist est plutôt malin : le terrorisme devient une image fabriquée destinée à offrir au public un ennemi identifiable pendant que les véritables responsables restent dans l’ombre. Ben Kingsley est d’ailleurs excellent lorsqu’il passe de la menace absolue à ce personnage totalement dépassé.

Mais comme adaptation, la décision est beaucoup plus discutable. Le Mandarin est l’un des adversaires historiques majeurs d’Iron Man et le film utilise son nom, son iconographie et l’attente des spectateurs avant de transformer le personnage en plaisanterie. L’idée fonctionne donc mieux comme commentaire sur la fabrication médiatique d’un ennemi que comme utilisation du Mandarin des comics. C’est un bon retournement de scénario construit au prix d’une adaptation extrêmement frustrante.

Aldrich Killian ne remplace jamais vraiment la menace promise

Le problème devient plus évident lorsque le véritable antagoniste prend toute la place. Guy Pearce fait ce qu’il peut avec Aldrich Killian, dont la transformation depuis le scientifique méprisé jusqu’au puissant dirigeant d’A.I.M. possède une logique parfaitement compréhensible. Extremis permet également de créer des adversaires capables d’affronter physiquement Iron Man sans simplement leur donner une nouvelle armure.

Mais après avoir construit un Mandarin aussi inquiétant, Killian paraît beaucoup plus conventionnel. Sa rancœur envers Tony rappelle d’autres antagonistes nés directement ou indirectement de l’arrogance de Stark, et le personnage ne possède jamais le magnétisme de la menace qui avait été promise. Le film réalise ainsi un tour de passe-passe brillant avant de révéler derrière le rideau un méchant finalement moins intéressant.

Pepper Potts refuse enfin de rester sur le bord du terrain

Gwyneth Paltrow bénéficie heureusement d’une place plus importante. Pepper n’est plus seulement celle qui tente de limiter les excès de Tony : elle subit directement les conséquences de son obsession et de la menace qui pèse sur lui. Leur relation fonctionne justement parce que le film montre que vivre avec Tony Stark n’est pas beaucoup plus simple que d’être Tony Stark.

La dernière partie pousse cette évolution beaucoup plus loin avec Extremis et donne à Pepper un rôle inhabituellement actif dans l’affrontement. Le traitement est parfois excessif, mais il évite au moins de la réduire à une demoiselle en détresse. Don Cheadle bénéficie également de plusieurs bons moments en James Rhodes, même si son Iron Patriot sert davantage la satire de l’image officielle du super-héros que le développement du personnage.

Trop d’armures finissent presque par banaliser l’armure

Le paradoxe d’Iron Man 3 apparaît lors de son immense bataille finale. Voir débarquer toutes les armures construites par Tony produit d’abord exactement l’effet recherché : c’est le coffre à jouets d’Iron Man ouvert en grand, avec des modèles spécialisés qui permettent au film de multiplier les idées visuelles.

Mais cette abondance retire aussi progressivement quelque chose à l’armure. Dans le premier film, chaque pièce semblait lourde et précieuse ; ici, les armures s’enchaînent, se brisent et sont remplacées presque instantanément. Le spectacle est généreux, mais Iron Man devient momentanément une flotte plutôt qu’un homme dans une machine. Ce qui pourrait sembler contradictoire rejoint cependant le propos du film : Tony doit comprendre qu’aucune quantité d’armures ne pourra réellement le protéger de lui-même.

Un film de Shane Black avant d’être une mécanique Marvel

Iron Man 3 possède enfin une personnalité assez différente de celle des autres productions du MCU de l’époque. La narration de Tony, les dialogues rapides, l’humour parfois mordant, l’ambiance de Noël et l’enquête menée sans armure portent clairement la marque de Shane Black. Le réalisateur ne semble pas uniquement vouloir fabriquer le troisième épisode d’une franchise : il utilise Iron Man pour raconter une histoire correspondant à son propre cinéma.

Cela donne parfois un film étrange, capable d’enchaîner une crise d’angoisse, une scène d’action spectaculaire et une plaisanterie quelques secondes plus tard. Tout ne fonctionne pas avec la même efficacité, mais cette personnalité fait aussi son charme. À une époque où la formule Marvel commence à s’installer, Iron Man 3 conserve encore suffisamment de singularité pour ne pas ressembler à un simple épisode intermédiaire.

En résumé

Iron Man 3 est probablement le volet le plus audacieux de la trilogie : Tony Stark y devient plus intéressant lorsqu’il est privé de son armure, et ses traumatismes après Avengers prolongent intelligemment son évolution. Shane Black apporte en plus une véritable personnalité à l’ensemble.

Le traitement du Mandarin reste beaucoup plus discutable et Aldrich Killian ne compense jamais totalement la menace que le film avait construite. Une conclusion imparfaite mais ambitieuse, qui comprend finalement très bien l’essentiel : Iron Man peut disparaître sans que Tony Stark cesse d’être un héros.

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