Figure incontournable du roman graphique moderne, Marjane Satrapi a marqué des millions de lecteurs avec Persepolis, récit autobiographique devenu une référence mondiale. Mais derrière cette œuvre majeure se cache une femme de convictions, dont le parcours a été façonné par l’exil, la révolution iranienne et un engagement constant en faveur des libertés individuelles. Retour sur la vie et les combats d’une artiste qui a profondément transformé le regard porté sur la bande dessinée.
Le monde de la bande dessinée a perdu l’une de ses voix les plus singulières le 4 juin 2026. Marjane Satrapi s’est éteinte à l’âge de 56 ans, laissant derrière elle une œuvre qui a profondément marqué la littérature graphique contemporaine. Selon plusieurs proches, l’autrice de Persepolis ne se serait jamais remise de la disparition de son mari, le producteur et scénariste Mattias Ripa, décédé l’année précédente. Mais au-delà de cette fin tragique, c’est avant tout le parcours exceptionnel d’une artiste libre, engagée et profondément humaniste que l’Histoire retiendra.
À travers ses bandes dessinées, ses films et ses prises de position, Marjane Satrapi a consacré sa vie à défendre la liberté de penser, la liberté de créer et la liberté d’être soi-même.
Une enfance au cœur de la révolution iranienne
Marjane Satrapi naît en 1969 à Rasht, en Iran, dans une famille cultivée, progressiste et politiquement engagée. Son enfance se déroule dans un pays qui connaît de profonds bouleversements. Lorsque la révolution islamique éclate en 1979, elle n’a que dix ans. Pourtant, elle comprend déjà que son quotidien est en train de changer.

L’arrivée au pouvoir du nouveau régime transforme radicalement la société iranienne. Les libertés individuelles reculent, la censure s’installe et la guerre Iran-Irak plonge le pays dans un climat de peur permanente. Comme beaucoup de jeunes Iraniens de sa génération, Marjane grandit dans un environnement où la vie privée et la liberté de pensée deviennent des sujets sensibles.
Cette période marquera durablement sa vision du monde. Elle découvrira très tôt que la liberté n’est jamais acquise et qu’elle doit parfois être défendue au prix de lourds sacrifices.
L’exil, une blessure qui façonne son identité
À quatorze ans, ses parents prennent une décision difficile : l’envoyer poursuivre ses études en Autriche. Ils espèrent lui offrir un avenir plus libre que celui que lui promet l’Iran de l’époque.


