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Astérix le Gaulois

Affiche de Astérix le Gaulois

Astérix le Gaulois

Réalisation : Ray Goossens

Voix VF : Roger Carel, Jacques Morel, Lucien Raimbourg, Pierre Tornade

Production / distribution : Dargaud Films / Belvision

Durée : 1 h 08

Adaptation : Jeunesse

Sortie : 1 décembre 1967

★★★★★ 3/5

En 1967, Astérix connaît sa première aventure en long métrage avec Astérix le Gaulois, adaptation du premier album de René Goscinny et Albert Uderzo. Réalisé par Ray Goossens et produit par Dargaud Films avec le studio belge Belvision, le film reprend l’affrontement entre le petit village gaulois et les Romains de Caius Bonus, déterminés à découvrir le secret de la potion magique. Roger Carel prête pour la première fois sa voix à Astérix, tandis que Jacques Morel incarne Obélix.

Une adaptation presque trop fidèle

Difficile de reprocher au film de trahir Goscinny et Uderzo : il suit le premier album avec une fidélité particulièrement importante. L’espion romain, la découverte de la potion magique, l’enlèvement de Panoramix et les différentes ruses du druide passent presque directement des cases à l’écran.

Mais c’est également sa principale limite. Une bande dessinée et un dessin animé ne possèdent pas le même rythme, et le film ne cherche pas suffisamment à repenser l’histoire pour le cinéma. Certaines situations semblent étirées pour atteindre la durée nécessaire, donnant parfois davantage l’impression de regarder l’album mis en mouvement qu’une véritable adaptation cinématographique.

Astérix et Obélix ne forment pas encore vraiment le duo mythique

Il faut aussi se souvenir que Astérix le Gaulois correspond aux débuts de la série. L’univers que l’on connaît aujourd’hui était encore en construction et Obélix n’occupait pas encore la place considérable qu’il prendra par la suite.

Cela se ressent forcément dans le film. Astérix mène essentiellement l’aventure avec Panoramix et le fameux duo avec Obélix reste secondaire. Pour un spectateur habitué aux albums suivants, cette configuration peut même paraître assez étrange.

En revanche, les fondations sont déjà présentes : les Romains dépassés par les événements, la potion magique, l’intelligence d’Astérix et surtout cette manière de retourner les plans de l’adversaire contre lui.

Roger Carel trouve immédiatement Astérix

S’il existe un élément qui résiste admirablement au temps, c’est bien Roger Carel. Dès cette première adaptation, son Astérix possède la vivacité, l’assurance et la malice qui deviendront indissociables du personnage.

Jacques Morel apporte également beaucoup de sympathie à Obélix, même si celui-ci reste en retrait. Lucien Raimbourg campe Panoramix tandis que Pierre Tornade prête notamment sa voix à Abraracourcix et Caius Bonus.

Les comédiens donnent ainsi beaucoup de personnalité à des personnages que l’animation peine parfois à rendre aussi vivants.

Une animation qui accuse son âge

Évidemment, juger techniquement un dessin animé de 1967 avec les standards actuels n’aurait guère de sens. Mais même en tenant compte de son époque, Astérix le Gaulois reste assez rudimentaire.

Les mouvements sont limités, les décors parfois sommaires et la mise en scène manque régulièrement de dynamisme. Le dessin d’Uderzo reste reconnaissable, mais son incroyable énergie ne passe pas toujours à l’écran.

Il y a même quelque chose de paradoxal : Uderzo parvenait parfois à donner davantage de mouvement à une case fixe que le film à ses personnages animés. Le résultat conserve aujourd’hui un charme certain, mais avant tout patrimonial.

Un film réalisé sans Goscinny et Uderzo

Cette faiblesse s’explique aussi par l’étonnante histoire de sa production. Georges Dargaud lança le projet avec Belvision sans prévenir Goscinny et Uderzo, qui ne découvrirent le film qu’une fois terminé. Peu convaincus par le résultat mais conscients de l’argent déjà investi, ils acceptèrent néanmoins sa sortie.

Plus étonnant encore, Belvision préparait déjà La Serpe d’or. Lorsque les auteurs découvrirent cette seconde adaptation, presque achevée, ils s’y opposèrent et demandèrent la destruction des bobines. Une adaptation du Combat des chefs devait suivre, mais fut également abandonnée. Goscinny et Uderzo reprochaient notamment à ces productions leur qualité technique et un rythme trop mou.

L’épisode aura une conséquence déterminante : les créateurs décident désormais de s’impliquer directement dans les adaptations. Dès l’année suivante, Astérix et Cléopâtre bénéficie ainsi de leur participation, avec un résultat qui montrera combien leur présence pouvait changer la transposition de leur univers.

Un premier essai imparfait mais historique

Malgré toutes ses limites, difficile de ne pas reconnaître l’importance d’Astérix le Gaulois. Initialement pensé pour la télévision, le film arrive finalement dans les salles et rencontre un succès considérable, avec environ 2,4 millions d’entrées en France.

Il pose aussi plusieurs éléments qui accompagneront longtemps Astérix à l’écran, à commencer par Roger Carel. Surtout, ses défauts vont indirectement pousser Goscinny et Uderzo à prendre davantage en main le destin cinématographique de leurs personnages.

À ce titre, Astérix le Gaulois est presque plus intéressant aujourd’hui comme point de départ d’une formidable histoire entre Astérix et l’animation que comme grand film à part entière.

En résumé

Astérix le Gaulois transpose très fidèlement le premier album, mais cette fidélité ne suffit pas à retrouver toute l’énergie de Goscinny et Uderzo. L’animation limitée, le rythme parfois laborieux et l’absence du véritable duo Astérix-Obélix que l’on connaîtra ensuite rendent l’ensemble assez daté.

Roger Carel donne néanmoins immédiatement une voix mémorable au héros et l’histoire mouvementée de la production confère au film une place particulière. Un premier essai maladroit, mais essentiel : sans lui et sans la réaction de ses créateurs, les aventures animées d’Astérix auraient probablement suivi une tout autre route.

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