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Astérix : Le Secret de la potion magique

Affiche de Astérix : Le Secret de la potion magique

Astérix : Le Secret de la potion magique

Réalisation : Louis Clichy et Alexandre Astier

Voix VF : Christian Clavier, Guillaume Briat, Bernard Alane, Daniel Mesguich

Production / distribution : M6 Studio, M6 Films, Les Éditions Albert René / SND

Durée : 1 h 25

Adaptation : Jeunesse

Sortie : 5 décembre 2018

★★★★★ 4/5

Quatre ans après Le Domaine des dieux, Louis Clichy et Alexandre Astier retrouvent Astérix pour Le Secret de la potion magique, sorti en 2018. Cette fois, aucun album de René Goscinny et Albert Uderzo ne sert directement de base au scénario : Astier imagine une histoire originale autour de Panoramix et de la transmission du secret de la potion magique. Christian Clavier succède à Roger Carel dans le rôle d’Astérix, tandis que Guillaume Briat retrouve Obélix.

Une histoire originale, comme au temps des Douze Travaux

Le choix est particulièrement intéressant après la réussite du Domaine des dieux. Plutôt que d’adapter un autre album, Alexandre Astier s’autorise à développer un aspect que la bande dessinée a toujours volontairement laissé mystérieux : que deviendrait le village si Panoramix ne pouvait plus préparer la potion magique ?

Une mauvaise chute suffit à faire prendre conscience au druide de sa vulnérabilité. Il décide donc de parcourir la Gaule à la recherche d’un jeune druide capable de devenir son successeur.

Le film retrouve ainsi quelque chose de la liberté des Douze Travaux d’Astérix. Il ne cherche plus à transformer une succession de cases en cinéma : il utilise directement les personnages et les règles de cet univers pour raconter une histoire pensée comme un film.

Et après Le Domaine des dieux, c’est probablement la meilleure direction que pouvait prendre cette nouvelle génération d’Astérix animé.

Panoramix devient enfin le véritable héros

Astérix et Obélix restent évidemment présents, mais le personnage central est Panoramix. Le film s’intéresse moins à ses pouvoirs qu’à la responsabilité qui les accompagne.

Depuis toujours, le druide détient pratiquement à lui seul ce qui garantit l’indépendance du village. Tant qu’il est là, personne ne s’interroge vraiment sur l’avenir. Panoramix comprend soudain que cette situation ne peut pas durer éternellement.

Cette idée apporte au film une dimension étonnamment mélancolique. Derrière la recherche du successeur se cache une question très simple : comment transmettre quelque chose que l’on a toujours été le seul à savoir faire ?

Bernard Alane apporte beaucoup à cette version de Panoramix. Il conserve sa sagesse habituelle tout en laissant apparaître ses doutes, sa fatigue et même une certaine fierté qui l’empêche parfois de voir immédiatement ce qui se trouve devant lui.

Sulfurix, un adversaire qui fonctionne

Pour accompagner cette histoire originale, il fallait forcément créer une menace capable d’être liée directement au passé de Panoramix. Sulfurix remplit très bien cette fonction.

Alexandre Astier lui prête sa voix et en fait davantage qu’un simple méchant désirant voler la recette de la potion. Il représente aussi une autre conception de la magie et du pouvoir, beaucoup moins soucieuse des conséquences.

Le personnage permet surtout au scénario de développer Panoramix autrement. Leur opposition n’est pas seulement physique : elle repose sur deux manières d’envisager ce que doit être un druide.

On retrouve ici une qualité déjà évidente dans Le Domaine des dieux : Astier ne cherche pas constamment à faire référence aux albums pour rassurer le spectateur. Il ose ajouter des personnages et développer une mythologie nouvelle, tout en restant suffisamment cohérent avec l’univers pour qu’elle semble pouvoir y avoir toujours existé.

Pectine apporte quelque chose de nouveau

La véritable bonne surprise vient cependant de Pectine. Cette petite fille passionnée par la fabrication et les mécanismes accompagne les Gaulois et devient progressivement beaucoup plus importante qu’on ne pouvait l’imaginer.

Elle aurait facilement pu n’être que le personnage enfant destiné à faciliter l’identification du jeune public. Elle sert au contraire directement le thème de la transmission.

À travers elle, le film pose aussi discrètement la question des traditions qui se perpétuent simplement parce que personne n’a jamais imaginé les remettre en cause. Les druides recherchent naturellement leur successeur selon leurs habitudes, sans forcément regarder ceux qui ne correspondent pas au profil attendu.

Le message fonctionne parce qu’il reste intégré au récit. Pectine n’a pas besoin d’un grand discours pour démontrer sa valeur : le film préfère la laisser faire.

Christian Clavier après Roger Carel

Le changement de voix d’Astérix était forcément délicat. Roger Carel avait accompagné le personnage pendant près de cinquante ans et Le Domaine des dieux avait constitué sa dernière prestation.

Christian Clavier lui succède, près de vingt ans après avoir incarné Astérix devant la caméra dans les deux premiers films en prises de vues réelles. Le choix possède donc une certaine logique.

Il ne cherche heureusement pas à reproduire exactement Roger Carel. Son Astérix est différent, immédiatement reconnaissable comme Christian Clavier, mais suffisamment mesuré pour ne pas donner l’impression d’entendre simplement son personnage des films live derrière un personnage animé.

Guillaume Briat reste excellent en Obélix et la complicité du duo fonctionne rapidement. Mais contrairement à beaucoup d’autres aventures, Astérix et Obélix acceptent ici de ne pas être constamment au centre de l’histoire. C’est même l’une des forces du film.

La 3D confirme tout ce que Le Domaine des dieux avait réussi

Visuellement, Louis Clichy poursuit directement le travail du film précédent. Les personnages conservent les proportions et les déformations d’Uderzo, mais l’animation gagne encore en assurance.

Cette fois, l’histoire permet également de quitter largement les environnements habituels. Le voyage à travers la Gaule multiplie les paysages et les communautés de druides, donnant au film une ampleur que Le Domaine des dieux, volontairement concentré autour du village et de la résidence romaine, ne recherchait pas.

Les pouvoirs magiques offrent également de nouvelles possibilités visuelles. Le film peut devenir beaucoup plus spectaculaire sans perdre la lisibilité du dessin.

La 3D n’est désormais plus une nouveauté. Elle est simplement devenue le langage naturel de cette nouvelle incarnation animée d’Astérix.

Moins satirique, mais peut-être plus personnel

Le film perd toutefois quelque chose par rapport au Domaine des dieux. Sans album de Goscinny comme fondation, la dimension satirique est nettement moins présente.

On retrouve les jeux de mots, les personnages absurdes, les Romains et les disputes, mais le scénario s’intéresse davantage à la transmission, au vieillissement et à la responsabilité. L’humour reste important sans être constamment le moteur du récit.

Ce changement empêche peut-être Le Secret de la potion magique d’être aussi immédiatement brillant que son prédécesseur. Mais il lui permet aussi de ne pas simplement refaire le même film.

Astier utilise Astérix pour raconter autre chose, et c’est précisément ce qui rend cette seconde aventure intéressante.

En résumé

Après l’excellent Domaine des dieux, Le Secret de la potion magique confirme que Louis Clichy et Alexandre Astier ont trouvé une véritable voie pour l’Astérix animé. L’histoire originale fonctionne, Panoramix bénéficie enfin d’un rôle à sa mesure et les nouveaux personnages, notamment Pectine et Sulfurix, trouvent naturellement leur place dans cet univers.

Moins satirique que son prédécesseur mais plus personnel, le film ose parler de transmission, de vieillissement et d’héritage sans oublier l’aventure et l’humour. Il lui manque peut-être la mécanique comique presque parfaite du Domaine des dieux pour atteindre exactement le même sommet, mais l’écart est faible.

Après avoir brillamment adapté Goscinny, Alexandre Astier démontre surtout qu’il est également capable d’inventer une nouvelle aventure d’Astérix sans donner l’impression de trahir ce qui la précède.

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