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Suicide Squad

Affiche de Suicide Squad

Suicide Squad

Titre original : Suicide Squad

Réalisation : David Ayer

Avec : Will Smith, Margot Robbie, Jared Leto, Viola Davis

Production / distribution : Warner Bros. Pictures, Atlas Entertainment, DC Entertainment / Warner Bros. France

Durée : 2 h 03

Adaptation : Comics

Sortie : 3 août 2016

★★★★★ 2/5

Après Man of Steel et Batman v Superman, l’univers DC au cinéma s’élargit en 2016 avec Suicide Squad. David Ayer réunit plusieurs criminels issus des comics autour d’Amanda Waller : Deadshot, Harley Quinn, Captain Boomerang, Killer Croc ou encore Rick Flag. Will Smith, Margot Robbie, Jared Leto et Viola Davis prennent notamment place dans cette distribution, pour un film sorti en France le 3 août 2016.

Une excellente idée qui fonctionne surtout sur le papier

Réunir des super-vilains contraints d’accomplir une mission dont ils ne sont pas supposés revenir constitue une formidable base. Elle permet théoriquement tout ce qu’un film de super-héros classique ne peut pas faire : personnages moralement douteux, trahisons, violence, conflits internes et possibilité permanente que l’un d’entre eux refuse tout simplement de jouer au héros.

Le début du film exploite plutôt bien cette promesse. Amanda Waller présente ses recrues comme autant de dossiers confidentiels et chaque personnage bénéficie de sa petite introduction. Le procédé est artificiel, mais suffisamment ludique pour installer rapidement cette galerie de criminels.

Le problème apparaît ensuite : une fois l’équipe réunie, le film ne sait plus vraiment quoi faire de tous ces personnages.

Harley Quinn vole immédiatement le film

Dès cette première apparition, Margot Robbie semble avoir trouvé Harley Quinn. Son interprétation est excessive, imprévisible et suffisamment énergique pour exister au milieu d’un casting particulièrement chargé.

Le film sexualise parfois lourdement le personnage et sa relation avec le Joker est traitée de manière confuse, mais Robbie parvient malgré tout à imposer une personnalité immédiatement reconnaissable. Ce n’est donc pas étonnant qu’elle soit devenue l’un des principaux personnages conservés dans les productions DC suivantes.

Will Smith fonctionne également très bien en Deadshot. Son charisme naturel humanise un personnage qui aurait facilement pu n’être qu’un excellent tireur accompagné de quelques répliques sarcastiques. Viola Davis, enfin, compose une Amanda Waller suffisamment froide pour que l’on puisse se demander si la personne la plus inquiétante du film appartient réellement à la Suicide Squad.

Le reste de l’équipe souffre davantage du nombre de personnages. Captain Boomerang amuse, El Diablo bénéficie d’un véritable arc, mais Killer Croc et Katana restent particulièrement peu développés.

Jared Leto : beaucoup de Joker pour finalement très peu de Joker

La campagne promotionnelle avait énormément insisté sur le Joker de Jared Leto. Tatouages, dents métalliques, comportement extravagant : tout semblait conçu pour imposer une nouvelle incarnation radicalement différente après celle de Heath Ledger.

À l’écran, il ressemble pourtant davantage à un personnage venu perturber ponctuellement l’histoire de Harley Quinn qu’à un véritable élément du récit.

Jared Leto en fait énormément, mais le montage ne lui laisse jamais suffisamment de temps pour construire une interprétation cohérente. Son Joker apparaît, disparaît puis réapparaît sans véritablement peser sur la mission principale.

Le résultat est étrange : l’un des personnages les plus célèbres de DC occupe énormément l’imaginaire du film tout en étant presque inutile à son intrigue.

Un montage qui donne parfois l’impression de regarder une bande-annonce de deux heures

C’est probablement le défaut le plus visible de Suicide Squad. Chansons célèbres enchaînées à grande vitesse, introductions accompagnées de textes à l’écran, flashbacks, ralentis, changements de rythme… le film semble constamment chercher le prochain effet capable de retenir l’attention.

La musique devient particulièrement envahissante. Au lieu d’accompagner les personnages, chaque morceau semble parfois annoncer : « voici maintenant une nouvelle scène cool ».

Cette construction donne une première demi-heure assez énergique, mais elle empêche progressivement le film de respirer. Les membres de l’équipe devraient apprendre à se connaître, se détester puis éventuellement développer une forme de solidarité. Pourtant, certaines relations semblent avancer parce que le scénario en a besoin plutôt que parce que le film nous a réellement montré leur évolution.

Ce sentiment de film fabriqué au montage n’est d’ailleurs pas totalement inexplicable : David Ayer affirme depuis plusieurs années que la version sortie en salles ne correspond pas au montage qu’il souhaitait et que la postproduction a profondément modifié son travail.

Cela n’améliore évidemment pas le film disponible, mais permet au moins de comprendre certaines de ses ruptures.

Enchantress : une menace beaucoup trop classique pour cette équipe

Le choix de l’antagoniste principal pose un autre problème. Pourquoi réunir une bande de criminels imprévisibles si c’est pour les envoyer affronter une menace surnaturelle dans une intrigue ressemblant finalement à celle d’un blockbuster super-héroïque assez conventionnel ?

Enchantress possède une esthétique intéressante dans ses premières apparitions, mais le personnage perd progressivement son étrangeté à mesure que le film augmente l’échelle de la menace.

La Suicide Squad aurait probablement gagné à évoluer dans une histoire plus sale, plus réduite et davantage adaptée aux compétences de ses membres. Deadshot, Harley Quinn ou Captain Boomerang sont beaucoup plus intéressants lorsqu’ils doivent improviser et penser à leur propre survie que lorsqu’ils deviennent simplement une nouvelle équipe chargée d’empêcher une catastrophe mondiale.

Le film promet les pires héros du monde avant de les enfermer dans une mission beaucoup trop ordinaire.

Une identité visuelle forte… parfois jusqu’à l’épuisement

Impossible néanmoins d’accuser Suicide Squad de manquer complètement de personnalité. Couleurs fluorescentes, graffitis, costumes, maquillages et typographies donnent au film une identité immédiatement reconnaissable.

Harley Quinn en est évidemment le meilleur exemple, mais Deadshot, Killer Croc ou Enchantress possèdent également des silhouettes fortes. Le film a envie d’être sale, punk et irrévérencieux.

Seulement, cette identité fonctionne souvent davantage sur une affiche ou dans une bande-annonce que dans la mise en scène elle-même. Derrière les couleurs et les provocations, l’action devient régulièrement sombre et confuse, tandis que la structure reste étonnamment conventionnelle.

C’est toute la contradiction de Suicide Squad : un film qui veut constamment paraître anarchique tout en restant prisonnier d’une mécanique extrêmement sage.

En résumé

Suicide Squad possède une excellente distribution, une Margot Robbie immédiatement parfaite en Harley Quinn, un très bon Will Smith et une Viola Davis redoutable en Amanda Waller. Son esthétique et son concept promettaient également une alternative plus irrévérencieuse aux films de super-héros traditionnels.

Mais son montage frénétique, son antagoniste décevant et l’accumulation de personnages empêchent cette équipe de réellement prendre vie. On devine régulièrement un film plus sombre et plus étrange derrière celui sorti en salles, mais c’est bien cette version qu’il faut juger. Une immense bande-annonce de deux heures, parfois amusante, rarement à la hauteur de sa formidable promesse.

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