The Suicide Squad
Titre original : The Suicide Squad
Avec : Margot Robbie, Idris Elba, John Cena, Daniela Melchior, Viola Davis
Production / distribution : DC Films, Atlas Entertainment, The Safran Company / Warner Bros. France
Durée : 2 h 12
Adaptation : Comics
Sortie : 28 juillet 2021
Cinq ans après Suicide Squad, Warner Bros. confie une nouvelle mission à la Task Force X, cette fois sous la direction de James Gunn. Margot Robbie, Viola Davis, Joel Kinnaman et Jai Courtney reprennent leurs rôles, rejoints notamment par Idris Elba, John Cena et Daniela Melchior. Ni véritable suite classique ni reboot complet, The Suicide Squad sort en France le 28 juillet 2021 et profite surtout d’une liberté beaucoup plus grande pour exploiter les personnages les plus improbables de DC.
Enfin une Suicide Squad qui mérite vraiment son nom
Le film de 2016 présentait une équipe de criminels supposés sacrifiables, mais semblait finalement assez réticent à exploiter cette idée. James Gunn, lui, annonce immédiatement la couleur : personne n’est indispensable.
Cela change complètement la dynamique. Chaque mission peut réellement tourner au désastre et le spectateur ne sait jamais exactement quel personnage survivra suffisamment longtemps pour devenir important.
Cette incertitude permet surtout de retrouver l’esprit du concept : Amanda Waller ne rassemble pas des super-héros un peu turbulents. Elle utilise des détenus dont la disparition ne dérangera pratiquement personne.
Et Viola Davis reste parfaite dans ce rôle. Froide, calculatrice et capable de traiter ses agents comme du matériel jetable, son Amanda Waller est parfois plus terrifiante que les criminels qu’elle envoie sur le terrain.
James Gunn transforme les personnages les plus ridicules en véritables héros
Bloodsport, Peacemaker, Ratcatcher 2, Polka-Dot Man et King Shark : difficile d’imaginer une équipe plus improbable. C’est précisément ce qui intéresse James Gunn.
Idris Elba apporte beaucoup à Bloodsport sans simplement reproduire le Deadshot de Will Smith. John Cena trouve avec Peacemaker un personnage hilarant dans ses contradictions, convaincu de défendre la paix tout en étant prêt à employer des méthodes particulièrement radicales pour l’obtenir.
Daniela Melchior constitue cependant l’une des plus belles surprises avec Ratcatcher 2. Dans un film volontairement violent et grotesque, elle apporte une douceur inattendue. Même Polka-Dot Man, dont le pouvoir pourrait facilement n’être qu’une plaisanterie, finit par devenir étrangement attachant.
C’est l’une des grandes forces de Gunn : il ne cherche jamais à rendre ces personnages moins ridicules. Il cherche à montrer qu’un personnage ridicule peut malgré tout être humain.
Harley Quinn n’a enfin plus besoin du Joker
Margot Robbie retrouve Harley Quinn pour la troisième fois et semble désormais totalement libérée de la version introduite en 2016.
Le Joker n’est plus nécessaire pour expliquer son existence. Harley possède sa propre logique, ses propres décisions et surtout une capacité extraordinaire à transformer n’importe quelle situation en chaos.
James Gunn comprend également mieux la violence cartoonesque du personnage. Une séquence entière adopte presque son point de vue, transformant un déchaînement brutal en explosion de couleurs et de fleurs.
Harley reste excessive, mais elle n’aspire plus tout le film autour d’elle. Elle appartient à l’équipe sans empêcher les autres personnages d’exister, ce qui rend paradoxalement cette incarnation encore plus efficace.
De la violence, du mauvais goût… mais avec une véritable mise en scène
The Suicide Squad est volontairement excessif. Corps démembrés, explosions, requins dévorant des humains et plaisanteries particulièrement douteuses : James Gunn profite pleinement de la classification adulte du film.
Mais contrairement au premier Suicide Squad, cette irrévérence ne repose pas simplement sur une succession de chansons, de couleurs fluorescentes et de personnages supposés « cool ».
La mise en scène participe réellement à l’humour. Gunn joue avec les changements de temporalité, transforme des éléments du décor en cartons narratifs et construit certaines scènes d’action autour d’une véritable idée visuelle.
Le film est vulgaire, sanglant et parfois franchement idiot. Mais cette idiotie est organisée. Le chaos paraît spontané alors qu’il est en réalité extrêmement construit.
Starro : complètement absurde, donc parfaitement adapté
L’utilisation de Starro résume probablement à elle seule la différence entre les deux films.
Le premier Suicide Squad avait fini par transformer Enchantress en menace relativement générique. James Gunn choisit au contraire une gigantesque étoile de mer extraterrestre capable de contrôler les humains et ne cherche jamais à rendre le concept moins étrange.
C’est exactement ce qu’il fallait.
Le réalisateur comprend qu’adapter des comics ne consiste pas nécessairement à rendre crédible chaque idée extravagante. Certaines fonctionnent justement parce qu’on les assume jusqu’au bout.
Derrière l’absurdité, Starro permet même au film de conserver une certaine mélancolie. Comme beaucoup de personnages de The Suicide Squad, la créature est aussi victime de ceux qui ont décidé de l’utiliser.
Beaucoup plus drôle que le film de 2016, mais pas toujours aussi subtil qu’il le croit
Tout n’est pourtant pas parfait. James Gunn possède un humour extrêmement identifiable et le film en abuse parfois. Certaines répliques semblent exister uniquement pour ajouter une plaisanterie alors qu’une scène aurait gagné à s’arrêter quelques secondes plus tôt.
Cette accumulation peut devenir fatigante, d’autant que presque chaque personnage doit régulièrement produire son moment absurde.
Le rythme connaît également quelques creux au milieu du film. Avec plus de deux heures et une distribution aussi importante, The Suicide Squad reste une machine généreuse qui veut parfois trop en faire.
Mais cette fois, l’excès correspond réellement à l’identité du film. Là où celui de 2016 donnait l’impression d’avoir été rendu artificiellement irrévérencieux au montage, celui de James Gunn semble avoir été conçu comme un joyeux désastre dès la première page du scénario.
Le film que Suicide Squad aurait probablement toujours dû être
La comparaison avec le long métrage de David Ayer est inévitable. Les deux partagent certains personnages, Amanda Waller et le principe de la Task Force X, mais leur compréhension du concept est presque opposée.
Le film de 2016 voulait constamment montrer que ses personnages étaient dangereux. James Gunn n’a pas besoin de l’annoncer : il les laisse se comporter comme des criminels, tout en trouvant progressivement ce qui peut les rendre attachants.
Il accepte également que certains personnages soient grotesques, que les costumes ressemblent parfois réellement à des costumes de comics et qu’une étoile de mer géante puisse constituer le point culminant d’un blockbuster.
Le premier film cherchait désespérément à avoir l’air fou. James Gunn se contente de faire un film qui l’est réellement.
En résumé
The Suicide Squad exploite enfin pleinement la formidable idée de départ de la Task Force X. James Gunn assume les personnages les plus improbables de DC, leur violence et leur absurdité tout en parvenant à donner une véritable humanité à plusieurs d’entre eux. Idris Elba, John Cena et Daniela Melchior fonctionnent particulièrement bien, tandis que Margot Robbie trouve une Harley Quinn totalement autonome.
L’humour de Gunn peut parfois devenir envahissant et le film aurait gagné à être légèrement resserré, mais la différence avec Suicide Squad est considérable. Plus cohérent, plus drôle, plus inventif et surtout beaucoup plus personnel, ce deuxième essai transforme enfin cette bande de bras cassés en équipe dont on a réellement envie de suivre la mission.
L’avis des lecteurs
Les lecteurs donnent leur avis
Aucune critique de lecteur pour le moment. Sois le premier à partager la tienne.
Tu as vu ce film ? Partage ton avis avec les autres lecteurs.





