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Shazam! La Rage des Dieux

Affiche de Shazam! La Rage des Dieux

Shazam! La Rage des Dieux

Titre original : Shazam! Fury of the Gods

Réalisation : David F. Sandberg

Avec : Zachary Levi, Asher Angel, Jack Dylan Grazer, Helen Mirren

Production / distribution : New Line Cinema, DC Studios, The Safran Company / Warner Bros. France

Durée : 2 h 10

Adaptation : Comics

Sortie : 29 mars 2023

★★★★★ 2/5

Quatre ans après Shazam!, David F. Sandberg retrouve Zachary Levi et toute la famille de Billy Batson pour une aventure nettement plus imposante. Helen Mirren, Lucy Liu et Rachel Zegler rejoignent cette fois l’univers DC dans les rôles des filles d’Atlas, venues récupérer les pouvoirs qu’elles estiment avoir été volés à leur famille. Sorti en France le 29 mars 2023, Shazam! La Rage des Dieux arrive alors que l’univers cinématographique DC est lui-même en pleine transition.

La famille Shazam : une excellente idée qui devient encombrante

La conclusion du premier film avait trouvé une manière particulièrement réussie de prolonger son thème principal : Billy cessait d’être un héros solitaire en partageant ses pouvoirs avec sa famille d’accueil.

Cette suite part donc avec six super-héros au lieu d’un.

Sur le papier, c’est la continuation logique parfaite. Dans les faits, cela oblige le scénario à répartir son attention entre énormément de personnages. Freddy bénéficie encore d’une véritable place, tandis que Mary, Darla, Eugene et Pedro sont beaucoup moins développés.

La famille reste sympathique et les acteurs possèdent une bonne dynamique, mais le film peine à retrouver l’intimité du précédent. Ce qui était l’aboutissement émotionnel de Shazam! devient ici un problème de gestion des personnages.

Zachary Levi en fait peut-être un peu trop

Zachary Levi reste très à l’aise dans le registre comique et conserve cette énergie qui distinguait immédiatement Shazam des autres héros DC.

Mais un problème apparaît davantage dans cette suite : Billy grandit, tandis que sa version super-héroïque semble parfois devenir encore plus enfantine.

Le décalage fonctionnait parfaitement dans le premier film, puisque découvrir un corps adulte surpuissant justifiait son enthousiasme permanent. Plusieurs années ont désormais passé et cette immaturité commence à sembler plus artificielle.

Asher Angel donne parfois l’impression d’interpréter un Billy plus mûr que celui joué par Zachary Levi. La continuité entre les deux versions du même personnage devient donc moins évidente.

Le film aurait justement pu raconter cette évolution : que devient Shazam lorsque Billy n’est progressivement plus un enfant ? Il effleure la question sans vraiment l’explorer.

Freddy Freeman devient presque le véritable héros

Jack Dylan Grazer était déjà l’une des grandes réussites du premier volet. Cette fois, Freddy prend encore davantage d’importance.

Privé de pouvoirs dans sa vie quotidienne, il reste celui qui comprend le mieux ce qu’ils représentent. Sa rencontre avec Anne lui offre également une intrigue indépendante et permet au film de retrouver ponctuellement l’échelle adolescente qui fonctionnait si bien auparavant.

Freddy possède surtout quelque chose que Billy perd parfois dans cette suite : une véritable vulnérabilité.

Lorsque le film se concentre sur lui, les pouvoirs redeviennent extraordinaires. Lorsqu’il suit six héros capables de voler simultanément, ils deviennent presque ordinaires.

Helen Mirren et Lucy Liu face à un scénario très classique

Réunir Helen Mirren et Lucy Liu pour affronter Shazam avait quelque chose de délicieusement improbable. Les deux actrices abordent d’ailleurs leurs personnages avec suffisamment de sérieux pour éviter la caricature.

Les filles d’Atlas possèdent également une motivation compréhensible : récupérer une puissance qu’elles considèrent comme appartenant aux dieux.

Malheureusement, leurs objectifs finissent rapidement par rejoindre les mécanismes habituels du blockbuster super-héroïque. Artefact magique, vengeance, destruction, créatures mythologiques et menace gigantesque : le scénario empile les éléments sans parvenir à donner à ses antagonistes la personnalité que Mark Strong apportait à Sivana.

Rachel Zegler bénéficie d’un rôle plus nuancé, notamment grâce à sa relation avec Freddy, mais l’ensemble reste étonnamment conventionnel.

Plus de dragons, moins de magie

David F. Sandberg dispose cette fois d’un terrain de jeu gigantesque. Dragons, licornes, harpies et autres créatures mythologiques envahissent progressivement le film.

Certaines idées sont amusantes et l’expérience du réalisateur dans l’horreur réapparaît ponctuellement dans le traitement des monstres. Mais l’augmentation de l’échelle produit un résultat paradoxal.

Le premier Shazam! possédait relativement peu de moyens comparé aux mastodontes du genre, mais transformait cette modestie en identité. Voir Billy et Freddy tester leurs pouvoirs dans un supermarché ou filmer leurs expériences pour Internet était infiniment plus personnel qu’une nouvelle ville menacée de destruction.

Cette fois, tout est plus grand sans être nécessairement plus mémorable.

Le premier film racontait ce qu’un enfant ferait avec des super-pouvoirs. Le deuxième raconte beaucoup plus souvent ce qu’un blockbuster fait avec 125 millions de dollars.

Le charme du premier film s’est dilué dans le spectacle

C’est finalement le principal problème de La Rage des Dieux. Il n’est pas particulièrement désagréable, ni même complètement raté. Il est simplement beaucoup plus générique.

La famille d’accueil demeure le cœur de la saga, mais le quotidien qui lui donnait de la personnalité est réduit au profit de la mythologie. Le film possède davantage de pouvoirs, de créatures et d’action, mais moins de ces petits moments où Billy ressemblait réellement à un adolescent découvrant quelque chose d’incroyable.

Même l’humour paraît plus mécanique. Zachary Levi multiplie les plaisanteries là où le premier film les faisait souvent naître naturellement de la situation.

Shazam! avait trouvé sa singularité en refusant de jouer dans la même catégorie que les énormes productions DC. Sa suite semble précisément vouloir devenir l’une d’entre elles.

Une apparition qui résume presque le problème du DCEU

Sans dévoiler précisément la dernière partie, le film tient également à rappeler que Shazam appartient au même univers que les autres héros DC.

L’intention est compréhensible, d’autant que le premier volet s’amusait déjà de l’existence de Batman et Superman. Mais certaines connexions ressemblent désormais davantage à des obligations de franchise qu’à des éléments indispensables à l’histoire.

Le contexte de sortie rend le phénomène encore plus étrange. Lorsque La Rage des Dieux arrive en salles, la restructuration de DC Studios autour de James Gunn et Peter Safran est déjà engagée. Le spectateur regarde donc un film qui tente encore de consolider des connexions dans un univers dont l’avenir est en train d’être redéfini.

C’est injuste pour le film, mais difficile à ignorer : Shazam cherche sa place dans un univers qui, au même moment, est déjà en train de disparaître.

En résumé

Shazam! La Rage des Dieux conserve une distribution attachante et trouve encore de bons moments grâce à Freddy, à la famille d’accueil et à l’énergie de Zachary Levi. David F. Sandberg propose également un spectacle généreux rempli de créatures mythologiques.

Mais en voulant faire plus grand, la suite abandonne une partie de ce qui rendait le premier film si sympathique. Trop de personnages, des antagonistes assez conventionnels et une surenchère de spectacle remplacent progressivement la petite comédie adolescente qui donnait à Shazam! sa personnalité. Ce n’est pas un désastre, simplement une suite beaucoup moins inspirée.

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