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Black Widow

Affiche de Black Widow

Black Widow

Titre original : Black Widow

Réalisation : Cate Shortland

Avec : Scarlett Johansson, Florence Pugh, David Harbour, Rachel Weisz

Production / distribution : Marvel Studios / The Walt Disney Company France

Durée : 2 h 13

Adaptation : Comics

Sortie : 7 juillet 2021

★★★★★ 3/5

Après plus de dix ans passés dans le MCU, Natasha Romanoff obtient enfin son premier film solo avec Black Widow. Réalisé par Cate Shortland et sorti en France le 7 juillet 2021, le film se déroule principalement après Captain America: Civil War et replonge l’ancienne Avenger dans son passé, aux côtés de Yelena, Alexei et Melina.

Enfin Natasha au centre de sa propre histoire

Le principal intérêt de Black Widow est de replacer Natasha dans un univers qui lui correspond. Pas de magie ni de bataille cosmique : le film revient vers l’espionnage, les opérations clandestines et les programmes secrets. Les premières séquences possèdent d’ailleurs quelque chose du thriller d’espionnage, avec une tonalité qui rappelle par moments Le Soldat de l’hiver.

Scarlett Johansson peut surtout montrer une Natasha plus vulnérable. Derrière l’Avenger extrêmement compétente apparaît une femme qui traîne une culpabilité immense et dont la conception de la famille a toujours été particulièrement compliquée. Dommage que Marvel ait attendu aussi longtemps pour lui consacrer cette aventure : après les événements d’Endgame, une partie du suspense autour de son avenir a forcément disparu.

Florence Pugh réussit presque à lui voler son film

Yelena est probablement la plus belle réussite de Black Widow. Florence Pugh possède immédiatement une excellente alchimie avec Scarlett Johansson et évite de faire de son personnage une simple « nouvelle Black Widow ». Elle est drôle, brutale, touchante et surtout beaucoup moins habituée que Natasha à dissimuler ses émotions.

Leurs échanges permettent au film de parler de leur enfance sans multiplier les grands discours. Yelena se moque notamment des poses de Natasha et de son comportement de super-héroïne, mais derrière les plaisanteries subsiste une véritable douleur : cette famille artificielle représentait pour elle quelque chose de réel. Florence Pugh s’impose ainsi très naturellement comme l’un des personnages appelés à poursuivre cet héritage.

Une famille totalement dysfonctionnelle

David Harbour et Rachel Weisz complètent efficacement cette drôle de famille. Alexei, alias Red Guardian, est un ancien super-soldat soviétique persuadé d’être une légende alors que personne ne semble réellement impressionné. Harbour assume parfaitement son mélange de ridicule, de brutalité et d’affection maladroite.

Melina est beaucoup plus froide, et les retrouvailles permettent au film d’aborder une idée intéressante : peut-on considérer comme une famille quatre personnes réunies uniquement pour les besoins d’une mission ? Pour Yelena, la réponse est beaucoup moins évidente que pour les adultes. C’est lorsque Black Widow s’intéresse à cette famille construite sur un mensonge qu’il trouve sa véritable personnalité.

La Chambre Rouge aurait mérité un traitement plus sombre

Le film aborde pourtant un sujet particulièrement violent. Des jeunes filles sont enlevées, conditionnées et transformées en assassins privées de leur libre arbitre. Derrière le divertissement Marvel se trouve donc une histoire de contrôle, d’exploitation et de déshumanisation.

Ray Winstone campe un Dreykov volontairement répugnant, mais le personnage manque de présence pour devenir un grand antagoniste. Le scénario explique parfaitement pourquoi Natasha veut détruire son système, sans toujours parvenir à donner à Dreykov lui-même suffisamment d’épaisseur.

Le contraste est important : les victimes sont intéressantes, le fonctionnement de la Chambre Rouge est inquiétant, mais l’homme qui en est responsable reste finalement assez conventionnel.

Taskmaster : probablement la plus grosse déception

Taskmaster constituait pourtant une excellente idée pour un film consacré à Black Widow. Sa capacité à reproduire les techniques de combat des autres héros pouvait donner naissance à des affrontements particulièrement inventifs. Certaines apparitions fonctionnent d’ailleurs très bien lorsque le personnage observe puis reproduit les mouvements de ses adversaires.

Mais le scénario utilise finalement assez peu cette capacité et transforme surtout Taskmaster en élément d’un retournement lié au passé de Natasha. Le personnage perd alors une grande partie de ce qui faisait son intérêt dans les comics.

Ce n’est pas tant la réinterprétation qui pose problème que son exploitation. Marvel disposait d’un adversaire capable de devenir le miroir parfait d’une héroïne dont toute la force repose sur son entraînement. Le film n’en tire jamais tout le potentiel.

Quand le film d’espionnage redevient un blockbuster Marvel

Les meilleures parties de Black Widow sont souvent les plus modestes : Natasha et Yelena dans un appartement, une poursuite, une infiltration ou cette réunion familiale aussi gênante que touchante. Cate Shortland sait faire fonctionner ses personnages lorsqu’elle peut rester près d’eux.

Puis le dernier acte retrouve les habitudes du MCU : immense installation, explosions, personnages tombant dans le vide et déluge d’effets numériques. Le spectacle est efficace, mais beaucoup moins personnel. Le film d’espionnage laisse progressivement place à un blockbuster Marvel beaucoup plus classique.

C’est dommage, car Natasha n’avait justement pas besoin d’une menace gigantesque pour exister. Son passé et sa famille constituaient déjà des enjeux largement suffisants.

Un bon film arrivé plusieurs années trop tard

C’est finalement le sentiment qui domine. Black Widow aurait probablement eu beaucoup plus d’impact s’il était sorti entre Civil War et Infinity War. À cet endroit du MCU, il aurait approfondi Natasha tout en laissant planer une véritable incertitude sur son avenir.

En 2021, le film ressemble presque à un hommage tardif doublé d’un passage de relais vers Yelena. Cela n’empêche ni Scarlett Johansson d’être convaincante ni l’histoire familiale de fonctionner, mais Marvel donne enfin à Natasha son film solo alors que son parcours principal est déjà terminé.

Black Widow prouve surtout que Natasha Romanoff pouvait parfaitement porter un film seule. Il aura simplement fallu attendre qu’il soit presque trop tard pour que Marvel s’en aperçoive.

En résumé

Black Widow fonctionne grâce à Scarlett Johansson, une excellente Florence Pugh et une famille dysfonctionnelle particulièrement attachante. Son antagoniste, Taskmaster sous-exploité et un dernier acte trop conventionnel l’empêchent d’atteindre les meilleurs films du MCU, avec surtout le sentiment persistant que Natasha méritait cette aventure plusieurs années auparavant.

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