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A History of Violence

Affiche de A History of Violence

A History of Violence

Titre original : A History of Violence

Réalisation : David Cronenberg

Avec : Viggo Mortensen, Maria Bello, Ed Harris, William Hurt

Production / distribution : New Line Cinema, BenderSpink / Metropolitan Filmexport (France)

Durée : 1 h 36

Adaptation : Comics

Sortie : 2 novembre 2005

5/5

Tom Stall mène une existence tranquille dans une petite ville de l’Indiana, entouré de sa femme Edie et de leurs deux enfants. Lorsqu’une tentative de braquage éclate dans son restaurant, sa réaction aussi rapide que violente fait de lui un héros local. Mais elle attire également l’attention d’hommes persuadés de connaître son véritable passé. Avec A History of Violence, David Cronenberg adapte en 2005 le roman graphique de John Wagner et Vince Locke sans chercher à reproduire servilement son intrigue : il en conserve le formidable point de départ pour interroger ce que la violence révèle — ou dissimule — chez un individu.

Un comic que le film finit presque par faire oublier

Publié en 1997 chez Paradox Press, label de DC Comics, A History of Violence est écrit par John Wagner et dessiné par Vince Locke. Le principe fondamental est déjà celui du film : un homme apparemment ordinaire devient célèbre après avoir abattu des criminels et voit son passé revenir le chercher.

Cronenberg et le scénariste Josh Olson s’en éloignent cependant considérablement. Des personnages changent, une grande partie du passé de Tom est reconstruite et le film abandonne plusieurs développements du roman graphique. Cette liberté est fondamentale : il ne s’agit jamais de donner l’impression de regarder des cases transformées en images réelles.

C’est même l’un de ces cas fascinants où l’adaptation a presque entièrement éclipsé son matériau d’origine. Beaucoup connaissent A History of Violence comme un film de Cronenberg sans savoir qu’il s’agit à l’origine d’un comic américain.

Viggo Mortensen et le doute permanent autour de Tom Stall

Viggo Mortensen est remarquable parce qu’il ne joue jamais Tom comme un personnage dont il suffirait d’attendre la révélation. Il entretient constamment une ambiguïté. Est-ce réellement un père de famille ordinaire qui s’est découvert une capacité inattendue à tuer lorsqu’il a fallu protéger les siens ? Ou certains gestes sont-ils beaucoup trop précis pour être improvisés ?

Cronenberg exploite admirablement ce doute. Après le braquage, Tom devient une célébrité locale, mais la mise en scène refuse d’en faire simplement un héros. La facilité avec laquelle il a tué reste là, comme quelque chose que personne ne souhaite véritablement regarder en face.

Mortensen réussit surtout à laisser apparaître différentes facettes du personnage sans donner l’impression de changer artificiellement de personnalité. Un regard, une posture ou une manière de parler suffisent parfois à rendre Tom soudainement beaucoup plus inquiétant.

La violence n’est jamais vraiment spectaculaire

Le titre annonce évidemment le sujet, mais Cronenberg traite la violence d’une manière assez particulière. Les affrontements sont généralement courts, brutaux et surtout extrêmement physiques. Les corps souffrent, les blessures restent visibles et les conséquences ne disparaissent pas au changement de plan.

Le réalisateur refuse ainsi la chorégraphie élégante du cinéma d’action. Lorsqu’un personnage frappe ou tire, le geste paraît efficace mais rarement héroïque. La violence peut résoudre un danger immédiat tout en créant presque systématiquement un problème beaucoup plus profond.

C’est précisément ce qui rend Tom inquiétant : ce n’est pas seulement qu’il soit capable de violence, c’est qu’il semble parfois extraordinairement doué pour elle.

Ed Harris fait entrer le passé dans le restaurant

L’arrivée de Carl Fogarty change complètement le film. Ed Harris n’a pas besoin d’en faire beaucoup : son visage marqué et son calme suffisent à installer une menace immédiate. Il affirme reconnaître Tom sous une autre identité, et tout ce que le film nous avait présenté jusque-là commence à devenir incertain.

Fogarty fonctionne d’autant mieux qu’il ne cherche presque jamais à convaincre le spectateur par de longues explications. Il regarde simplement Tom comme quelqu’un qu’il connaît déjà. À partir de là, chaque dénégation peut être sincère ou devenir un mensonge.

Cronenberg transforme ainsi une mécanique de thriller assez classique en question beaucoup plus intime : combien connaît-on réellement la personne avec laquelle on partage sa vie ?

Maria Bello : le véritable prix du mensonge

Le personnage d’Edie est essentiel parce que le film ne limite jamais les conséquences aux gangsters et aux règlements de comptes. Maria Bello incarne une femme qui doit progressivement reconsidérer l’homme qu’elle aime et, avec lui, une partie de sa propre existence.

Le couple permet à Cronenberg d’explorer quelque chose de beaucoup plus dérangeant que le simple secret. Le désir, la peur, la colère et l’attirance peuvent coexister. Certaines scènes entre Mortensen et Bello deviennent volontairement inconfortables précisément parce qu’elles montrent que découvrir une part inquiétante de quelqu’un ne fait pas disparaître instantanément tout ce qui existait auparavant.

C’est là que le film dépasse largement son intrigue criminelle. Le véritable enjeu n’est plus seulement de savoir ce que Tom a fait, mais si une famille peut continuer à exister lorsque l’image sur laquelle elle s’était construite commence à se fissurer.

La violence se transmet-elle ?

Le film prolonge intelligemment cette interrogation à travers Jack, le fils de Tom. Au départ, celui-ci tente de gérer les humiliations et les provocations sans reproduire la brutalité qu’il observe autour de lui. Mais l’exemple paternel bouleverse progressivement cet équilibre.

Cronenberg pose alors l’une des questions les plus intéressantes du film : la violence appartient-elle à un individu, ou finit-elle par contaminer ceux qui vivent autour de lui ? Tom peut vouloir séparer son passé de sa famille, mais ses enfants voient ce qu’il fait et comprennent que la violence peut parfois fonctionner remarquablement bien.

Sans transformer cette idée en discours psychologique appuyé, le film fait ainsi du foyer Stall une miniature de son sujet principal.

William Hurt : quelques minutes suffisent

William Hurt apparaît relativement tard et dispose de très peu de temps à l’écran. Pourtant, sa prestation est suffisamment marquante pour lui avoir valu une nomination à l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle.

Son personnage apporte une tonalité légèrement différente, presque absurde par moments, sans détruire la tension. Hurt parvient à être simultanément familier, amusant et inquiétant. Surtout, sa présence permet d’entrevoir un univers qui existait bien avant le début du film sans nécessiter une longue série de flashbacks.

Cronenberg préfère laisser les comportements raconter le passé. Et cette économie narrative participe énormément à l’efficacité d’un film qui ne dure qu’environ 1 h 36.

Une adaptation qui démontre que la fidélité peut être ailleurs

A History of Violence constitue presque l’exemple inverse des adaptations obsédées par la reproduction visuelle de leur source. Aucun costume iconique à retrouver, aucune case célèbre à reproduire, aucun fan-service à accumuler. Cronenberg prend essentiellement le concept de Wagner et Locke et se demande ce qu’il peut en faire avec son propre cinéma.

Et cela fonctionne précisément parce que le réalisateur ne cherche jamais à faire oublier qu’il est David Cronenberg pour devenir l’illustrateur du comic. Le rapport au corps, à l’identité, au désir et à la transformation traverse tout le film.

L’adaptation change donc beaucoup, mais ces modifications ont un but. Elle ne simplifie pas le comic pour le rendre plus conventionnel : elle le transforme pour permettre à un autre auteur de parler avec sa propre voix.

En résumé

A History of Violence est un thriller d’une efficacité remarquable, mais sa véritable force vient de ce qu’il fait de son intrigue criminelle. David Cronenberg utilise le retour d’un passé violent pour questionner l’identité, le couple, la famille et cette frontière beaucoup moins nette qu’on aimerait le croire entre l’homme ordinaire et celui capable de tuer.

Viggo Mortensen trouve l’un de ses meilleurs rôles, admirablement entouré par Maria Bello, Ed Harris et un William Hurt mémorable. Une adaptation extrêmement libre qui rappelle surtout qu’au cinéma, respecter une bande dessinée ne signifie pas nécessairement reproduire ses pages.

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