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Akira

Affiche de Akira

Akira

Titre original : Akira (アキラ)

Réalisation : Katsuhiro Ōtomo

Voix VO : Mitsuo Iwata, Nozomu Sasaki, Mami Koyama

Voix VF : Mathias Kozlowski, Alexandre Gillet, Barbara Tissier, Pierre Hatet

Production / distribution : Akira Committee, Tokyo Movie Shinsha / Forum Distribution (sortie française originale)

Durée : 2 h 04

Adaptation : Manga

Sortie : 8 mai 1991

5/5

En 1988, Katsuhiro Ōtomo accomplit quelque chose d’assez exceptionnel : adapter au cinéma son propre manga alors que celui-ci n’est même pas encore terminé. Plutôt que de tenter de faire entrer plusieurs milliers de pages dans deux heures, il reconstruit Akira autour de Kaneda, Tetsuo et Neo-Tokyo. Plus de trente-cinq ans après, le résultat demeure un monument de l’animation, mais aussi l’un des films qui ont joué un rôle décisif dans l’ouverture du marché occidental aux anime.

Adapter Akira alors que le manga n’était même pas terminé

La situation est assez particulière : le manga commence sa publication en 1982, le film sort au Japon en 1988 et Ōtomo ne termine son œuvre papier qu’en 1990. Le réalisateur adapte donc une histoire dont il n’a lui-même pas encore publié la conclusion.

Impossible, dans ces conditions, de parler de transposition fidèle au sens traditionnel. Le film simplifie considérablement l’intrigue, élimine ou réduit plusieurs personnages et réorganise profondément certains événements. L’univers politique, les factions de Neo-Tokyo et de nombreux développements du manga sont sacrifiés au profit d’une trajectoire beaucoup plus resserrée.

Mais contrairement à tant d’adaptations qui simplifient jusqu’à vider leur modèle de sa substance, Akira conserve son cœur : la jeunesse abandonnée, le pouvoir, la destruction, la peur du progrès scientifique et surtout la relation déséquilibrée entre Kaneda et Tetsuo. Ōtomo ne cherche finalement pas à résumer son manga. Il en réalise une seconde version.

Kaneda et Tetsuo : une amitié déjà condamnée

Derrière les explosions et les pouvoirs psychiques, Akira repose avant tout sur deux adolescents. Kaneda est le meneur sûr de lui, insolent, impulsif, tandis que Tetsuo reste celui que les autres doivent régulièrement protéger. Leur appartenance à la culture des bōsōzoku et cette relation de domination mêlée d’amitié constituent l’un des véritables moteurs du récit.

C’est précisément parce que Tetsuo a toujours vécu dans l’ombre de Kaneda que l’apparition de ses pouvoirs devient si dangereuse. Pour la première fois, celui que l’on protégeait possède une puissance que personne autour de lui ne peut égaler. Ses capacités ne créent pas ses frustrations : elles leur donnent soudain les moyens de s’exprimer.

Le film évite ainsi le simple affrontement entre héros et méchant. Tetsuo demeure un adolescent blessé, grisé par une puissance qu’il ne maîtrise pas. Et derrière la confrontation spectaculaire demeure constamment le souvenir de deux garçons qui, au départ, faisaient simplement partie de la même bande.

Neo-Tokyo : une ville qui semble encore venir du futur

Il suffit de revoir les premières minutes pour comprendre pourquoi Akira a laissé une telle empreinte. Les motos traversent une ville gigantesque saturée de néons, de panneaux publicitaires et de lumière artificielle. Mais Neo-Tokyo n’est jamais cette ville futuriste parfaitement propre que la science-fiction affectionne parfois.

Elle est sale, congestionnée, violente. Les infrastructures monumentales côtoient les ruelles, les manifestations et les bâtiments délabrés. La modernité n’a rien réglé : elle a simplement construit quelque chose de gigantesque au-dessus des problèmes précédents.

Cette contradiction donne encore aujourd’hui à Neo-Tokyo une incroyable présence. Ōtomo ne dessine pas seulement un décor spectaculaire : il donne l’impression qu’une société entière existe derrière chaque plan. La ville semble immense même lorsque le film n’en montre qu’une rue.

Une animation qui reste sidérante plus de trente-cinq ans après

C’est probablement ce qui frappe le plus lorsqu’on découvre aujourd’hui Akira. Le film a été réalisé sans images de synthèse modernes et pourtant une quantité impressionnante de productions beaucoup plus récentes paraissent moins vivantes.

Son budget atteignait environ 1,1 milliard de yens, exceptionnel pour l’animation japonaise de l’époque. Le BFI relève également une palette de 327 couleurs, dont 50 spécialement créées pour la production, ainsi qu’une proportion inhabituellement élevée d’animation réalisée à 24 images par seconde.

Mais la technique seule n’explique pas le résultat. Les motos ont un poids, les personnages bougent dans les décors, les vêtements réagissent aux mouvements, les lumières laissent des traces dans la nuit et Neo-Tokyo grouille constamment de détails.

Et puis il y a la moto de Kaneda. Peu d’objets issus d’un film d’animation sont devenus aussi immédiatement reconnaissables. Sa silhouette rouge, sa position de conduite et surtout le fameux dérapage ont dépassé depuis longtemps le cadre du film.

La bande originale ne ressemble à rien d’autre

L’autre immense réussite vient de Geinoh Yamashirogumi et de Tsutomu Ōhashi. Là où une science-fiction futuriste aurait facilement pu adopter une musique électronique conventionnelle, Akira mélange percussions, voix humaines et sonorités traditionnelles.

Cette musique participe énormément à l’étrangeté du film. Neo-Tokyo est technologiquement futuriste, mais sa bande sonore semble parfois presque primitive ou rituelle. Le contraste donne à l’histoire une dimension supplémentaire : derrière les laboratoires, les machines et les expériences scientifiques demeure quelque chose que les humains ne comprennent pas totalement.

Certaines séquences seraient déjà magnifiques sans musique. Avec elle, elles deviennent immédiatement identifiables comme appartenant à Akira.

Un film spectaculaire qui demande quand même beaucoup à son spectateur

Tout n’est pourtant pas aussi accessible que son statut de classique pourrait le laisser penser. En réduisant une œuvre aussi gigantesque à 2 h 04, Ōtomo produit nécessairement un récit extrêmement dense. Organisations politiques, militaires, révolutionnaires, expériences scientifiques, pouvoirs psychiques et histoire de Neo-Tokyo s’entremêlent rapidement.

Le spectateur découvrant l’univers uniquement par le film peut donc parfois avoir l’impression qu’il lui manque des pages. Et c’est effectivement le cas.

Cette densité constitue à la fois une faiblesse et une force. Certains personnages secondaires auraient mérité davantage de développement, mais le film refuse également de tout expliquer laborieusement. Neo-Tokyo existe avant notre arrivée et continuera d’exister hors du cadre. Cette sensation contribue énormément à la richesse de son univers.

Le film qui a ouvert une porte à l’anime en Occident

Réduire l’importance d’Akira à sa seule qualité serait passer à côté d’une partie essentielle de son histoire. Son succès international a participé directement à l’émergence d’un nouveau marché occidental pour l’animation japonaise. Le BFI le décrit comme l’une des œuvres ayant mené le mouvement qui allait alimenter le boom de l’anime en Occident dans les années 1990.

À une époque où l’animation japonaise restait beaucoup moins identifiée par le grand public occidental, Akira montrait aussi qu’un film d’animation pouvait être violent, politique, complexe et explicitement destiné à un public plus âgé.

Son influence débordera ensuite largement de l’animation. L’esthétique de Neo-Tokyo, la moto de Kaneda, ses mouvements de caméra et certaines compositions seront citées, imitées ou détournées pendant des décennies. Le BFI cite notamment Akira parmi les influences anime de Matrix.

Ce n’est donc pas simplement un film devenu culte avec le temps : il a participé à modifier la place même de l’animation japonaise dans la culture populaire internationale.

Et en 2026, Akira retourne encore au cinéma

Il y a quelque chose d’assez révélateur dans le fait que près de quatre décennies après sa création, Akira puisse toujours faire l’objet d’une véritable exploitation en salles. Sa première sortie française remonte au 8 mai 1991, presque trois ans après sa sortie japonaise.

Et l’histoire continue : après plusieurs restaurations et ressorties, le film bénéficie d’une nouvelle reprise française le 9 septembre 2026. Pour une œuvre de 1988, revenir encore sur grand écran en 2026 n’est pas seulement une opération nostalgique. C’est aussi la preuve que son animation a suffisamment résisté au temps pour continuer à être montrée comme un spectacle de cinéma.

Peu de films peuvent prétendre avoir accompagné l’arrivée massive de l’anime en Occident et être encore projetés trente-cinq ans plus tard à une époque où celui-ci est devenu un phénomène mondial.

En résumé

Akira n’est pas une adaptation fidèle au sens littéral, et c’est précisément ce qui fait sa force. Katsuhiro Ōtomo prend son propre manga, le démonte et le reconstruit pour le cinéma sans perdre ses thèmes, son univers ni la relation tragique entre Kaneda et Tetsuo.

Son récit reste parfois difficile à appréhender sans connaître le manga, mais son animation, Neo-Tokyo, sa musique et son extraordinaire mise en scène n’ont pratiquement rien perdu de leur puissance. Surtout, son influence dépasse largement le film lui-même : Akira n’a pas seulement marqué l’histoire de l’anime. Il a contribué à changer la manière dont une partie du monde le regardait.

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