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Birds of Prey

Affiche de Birds of Prey

Birds of Prey

Titre original : Birds of Prey (and the Fantabulous Emancipation of One Harley Quinn)

Réalisation : Cathy Yan

Avec : Margot Robbie, Mary Elizabeth Winstead, Jurnee Smollett, Rosie Perez, Ewan McGregor

Production / distribution : DC Films, LuckyChap Entertainment, Kroll & Co. Entertainment / Warner Bros. France

Durée : 1 h 49

Adaptation : Comics

Sortie : 5 février 2020

★★★★★ 3/5

Après Suicide Squad, Harley Quinn revient en 2020 dans un film réalisé par Cathy Yan et porté par Margot Robbie, également productrice. Désormais séparée du Joker, Harley croise la route de Black Canary, Huntress et Renee Montoya tandis que Roman Sionis, alias Black Mask, cherche à récupérer un diamant convoité. Malgré son titre français, Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn place très clairement Harley au centre de l’aventure.

Harley Quinn existe enfin sans le Joker

C’était probablement la meilleure direction possible pour le personnage. Suicide Squad avait déjà démontré que Margot Robbie possédait parfaitement Harley Quinn, mais son histoire restait largement définie par sa relation avec le Joker. Birds of Prey coupe littéralement et narrativement ce lien pour se demander ce qu’il reste lorsque Harley ne peut plus se présenter comme « la copine du Joker ».

Et il reste énormément de choses. Margot Robbie peut enfin exploiter l’énergie chaotique du personnage sans devoir constamment revenir à une relation toxique. Harley demeure violente, imprévisible, narcissique et parfois franchement insupportable, mais elle devient responsable de ses propres décisions. Le film ne cherche d’ailleurs pas à la transformer artificiellement en héroïne modèle : son émancipation ne signifie pas qu’elle devient soudainement quelqu’un de raisonnable.

Un récit aussi désordonné que sa narratrice

Cathy Yan choisit de raconter l’histoire depuis le point de vue d’Harley, ce qui explique une construction volontairement éclatée. Elle commence quelque chose, revient en arrière, se souvient qu’elle a oublié un détail puis reprend son récit ailleurs. L’idée correspond parfaitement au personnage et permet au film de posséder une identité immédiatement différente des autres productions DC.

Le procédé devient cependant parfois fatigant. Les allers-retours temporels donnent beaucoup d’énergie au début, mais compliquent inutilement une intrigue qui reste finalement assez simple. Contrairement au montage de Suicide Squad, qui semblait souvent chercher désespérément à fabriquer du rythme, le chaos possède ici une véritable justification narrative. Cela ne signifie pas pour autant que chaque détour était indispensable.

Black Canary et Huntress méritaient davantage de place

Jurnee Smollett apporte à Dinah Lance une présence suffisamment forte pour que Black Canary existe immédiatement face à Harley. Sa voix, son caractère et ses capacités sont introduits progressivement, tandis que sa position auprès de Roman Sionis lui donne une véritable fonction dans l’intrigue. Mary Elizabeth Winstead adopte de son côté une approche très différente avec Huntress, tueuse redoutable dont l’assurance disparaît presque instantanément lorsqu’elle doit réellement communiquer avec quelqu’un.

Le problème vient du titre même du film : les Birds of Prey ne deviennent véritablement une équipe que très tard. Renee Montoya et Cassandra Cain complètent l’ensemble, mais Harley occupe tellement le centre du récit que les autres personnages doivent souvent se contenter d’exister autour d’elle. C’est un très bon film consacré à Harley Quinn, mais un film beaucoup plus frustrant lorsqu’on vient réellement chercher les Birds of Prey.

Ewan McGregor s’amuse énormément avec Black Mask

Face à cette galerie de personnages, Ewan McGregor choisit l’excès. Son Roman Sionis est capricieux, narcissique, cruel et capable de passer d’une attitude presque amusante à une violence beaucoup plus dérangeante en quelques secondes. L’acteur ne cherche jamais à rendre Black Mask particulièrement subtil, mais cette extravagance correspond parfaitement au ton du film.

Chris Messina, en Victor Zsasz, apporte une présence plus inquiétante et permet au duo de fonctionner autrement que comme une simple caricature. Le film aurait cependant pu exploiter davantage Black Mask lui-même : son apparence emblématique reste relativement secondaire par rapport à Roman Sionis. Comme souvent dans cette adaptation, l’interprétation du personnage compte finalement davantage que sa fidélité visuelle aux comics.

Des scènes d’action qui ont enfin de la personnalité

C’est l’une des vraies réussites du film. Harley se bat comme Harley devrait se battre : avec une efficacité réelle, mais en utilisant son environnement, des objets improbables et une gestuelle presque burlesque. Les affrontements ne pourraient pas être simplement transférés à Batman ou Wonder Woman sans être profondément modifiés.

La séquence du commissariat en est un bon exemple, avec ses projectiles colorés et son mélange permanent de violence et de fantaisie. La confrontation dans le parc d’attractions permet ensuite aux différentes combattantes de fonctionner ensemble tout en conservant leurs styles respectifs. L’arrivée de Chad Stahelski pour contribuer aux reshoots des scènes d’action se ressent dans leur lisibilité et leur chorégraphie : le film sait être frénétique sans devenir totalement illisible.

Une esthétique qui ne cherche jamais la discrétion

Couleurs criardes, paillettes, fumée, costumes extravagants et décors volontairement chargés : Birds of Prey possède une véritable identité visuelle. Cette fois, l’univers d’Harley ne ressemble pas seulement à une succession de posters ou de clips musicaux. Cathy Yan construit un Gotham particulier, beaucoup plus pop et presque constamment observé à travers la personnalité de son héroïne.

Cette esthétique peut naturellement devenir épuisante sur la durée. Le film veut constamment bouger, plaisanter ou attirer l’œil. Mais cette exubérance paraît beaucoup plus cohérente que celle de Suicide Squad. Le premier film essayait de fabriquer une folie autour d’Harley Quinn ; celui-ci laisse simplement Harley contaminer le film avec la sienne.

Harley gagne son indépendance, les Birds of Prey attendront

C’est finalement tout le paradoxe du projet. En tant que prolongement de l’histoire d’Harley Quinn, le film accomplit presque exactement ce qu’il fallait : il l’éloigne du Joker, lui donne son propre univers et permet à Margot Robbie de confirmer qu’elle n’avait absolument pas besoin de Jared Leto pour faire vivre le personnage.

En revanche, Black Canary, Huntress et Renee Montoya donnent régulièrement envie de voir le film se concentrer davantage sur elles. La naissance des Birds of Prey ressemble presque à l’aboutissement d’un long prologue consacré à Harley. Le titre français, aussi interminable soit-il, est finalement assez révélateur : c’est bien la fantabuleuse histoire d’Harley Quinn avant d’être celle des Birds of Prey.

En résumé

Birds of Prey permet enfin à Margot Robbie de construire Harley Quinn indépendamment du Joker, avec une mise en scène colorée, de bonnes scènes d’action et un Ewan McGregor délicieusement excessif. Le récit volontairement chaotique fonctionne souvent, même s’il finit parfois par s’éparpiller.

Le principal regret concerne finalement les Birds of Prey elles-mêmes : Black Canary et Huntress fonctionnent suffisamment bien pour qu’on aurait aimé les voir davantage. Un film imparfait, mais infiniment plus cohérent dans sa folie que Suicide Squad.

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