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Captain America: First Avenger

Affiche de Captain America: First Avenger

Captain America: First Avenger

Titre original : Captain America: The First Avenger

Réalisation : Joe Johnston

Avec : Chris Evans, Hayley Atwell, Sebastian Stan, Tommy Lee Jones

Production / distribution : Marvel Studios / Paramount Pictures France

Durée : 2 h 04

Adaptation : Comics

Sortie : 17 août 2011

★★★★★ 4/5

En 2011, Marvel Studios remonte aux origines de Captain America avec Captain America: First Avenger. Joe Johnston installe l’action pendant la Seconde Guerre mondiale et confie Steve Rogers à Chris Evans, entouré notamment de Hayley Atwell, Sebastian Stan, Tommy Lee Jones et Hugo Weaving. Dernier film consacré à un nouveau héros avant Avengers, il doit à la fois raconter la naissance d’une icône américaine et préparer son arrivée dans le monde moderne.

Steve Rogers était déjà Captain America avant d’avoir ses muscles

C’est probablement la meilleure idée du film. Steve Rogers ne devient pas un héros lorsque le sérum transforme son corps. Il l’était déjà lorsqu’il était ce jeune homme frêle qui refusait d’abandonner un combat perdu d’avance. Le sérum ne lui donne finalement que les moyens physiques d’agir conformément à ce qu’il était depuis le début.

Chris Evans réussit parfaitement cette transition. Une fois transformé, Steve pourrait facilement devenir un héros trop parfait pour être intéressant. Pourtant, il conserve cette modestie, cette maladresse et surtout cette incapacité presque pathologique à détourner le regard lorsqu’une injustice se déroule devant lui. Le sérum fabrique le corps de Captain America ; Steve Rogers avait déjà construit tout le reste.

Un film de guerre transformé en aventure pulp

Joe Johnston était particulièrement bien choisi pour cet univers. Le réalisateur de Rocketeer retrouve ici une esthétique rétro faite de laboratoires secrets, d’avions gigantesques, de motos, de bases militaires et de technologies volontairement anachroniques. Le film ne cherche jamais vraiment à reproduire la Seconde Guerre mondiale avec un réalisme historique strict : il transforme plutôt cette époque en immense aventure issue d’un comic book.

Cette approche permet surtout d’assumer les origines très particulières du personnage. Captain America naît dans les comics comme figure patriotique en pleine guerre et son costume pourrait facilement devenir ridicule à l’écran. Le film l’intègre intelligemment en faisant d’abord de Steve un instrument de propagande envoyé sur scène vendre des obligations de guerre. Son costume traditionnel existe donc réellement avant d’évoluer progressivement vers une tenue de combat.

Peggy Carter est bien davantage qu’une romance

Hayley Atwell apporte énormément au film. Peggy Carter n’existe pas simplement pour attendre le retour du héros : elle travaille déjà sur le terrain avant l’arrivée de Steve et reconnaît immédiatement ce qui le distingue des autres candidats. Leur relation fonctionne justement parce que Peggy s’intéresse à l’homme avant que celui-ci ne devienne physiquement impressionnant.

Le film évite également de précipiter leur histoire. Leur attirance se construit parallèlement à la guerre et à la transformation de Steve, ce qui rend leur relation particulièrement importante dans les dernières minutes. Sebastian Stan bénéficie de moins d’espace en Bucky Barnes, mais son amitié avec Steve permet également de rappeler qui était le personnage avant le sérum et ce qu’il risque de perdre en devenant Captain America.

Red Skull avait tout pour devenir un grand méchant Marvel

Hugo Weaving possède la présence nécessaire pour incarner Johann Schmidt. Red Skull fonctionne particulièrement bien comme reflet déformé de Steve Rogers : tous deux ont bénéficié d’une version du sérum, mais celui-ci amplifie ce qui se trouvait déjà en eux. Là où Steve était fondamentalement altruiste, Schmidt était déjà obsédé par le pouvoir.

Son apparence reste également l’une des plus réussies parmi les premiers antagonistes du MCU. Le visage rouge n’est jamais traité comme quelque chose dont le film devrait avoir honte et s’intègre parfaitement à cette esthétique pulp. Le personnage perd toutefois progressivement de son intérêt lorsque l’intrigue privilégie les batailles contre HYDRA. Hugo Weaving impose un méchant mémorable visuellement, mais le scénario aurait pu approfondir davantage son opposition idéologique à Steve.

Une deuxième moitié beaucoup trop pressée

C’est là que First Avenger montre davantage ses limites. La première partie prend réellement le temps de raconter Steve Rogers : ses échecs pour s’engager, sa rencontre avec Erskine, l’expérience, la propagande puis sa décision de partir sauver des soldats. Une fois Captain America véritablement constitué, le film accélère brutalement.

Plusieurs missions contre HYDRA sont condensées dans un montage alors qu’elles auraient pu donner davantage de place aux Howling Commandos et à Bucky. La guerre semble alors avancer à toute vitesse jusqu’à l’affrontement final. C’est efficace, mais un peu frustrant : le film prend tout son temps pour fabriquer Captain America, puis semble soudainement pressé de l’envoyer vers Avengers.

Un patriotisme moins simpliste qu’il n’en a l’air

Avec un personnage appelé Captain America, le film aurait facilement pu devenir une longue célébration patriotique. Il choisit pourtant une approche légèrement plus intéressante. Steve ne se bat pas parce qu’il considère son pays supérieur aux autres : il se bat essentiellement parce qu’il refuse que les plus forts puissent écraser les plus faibles.

Même sa période de propagande est traitée avec une certaine ironie. Captain America devient d’abord une image commerciale fabriquée par l’armée avant de décider lui-même ce que ce symbole doit représenter. Le personnage fonctionne donc moins comme incarnation d’un pays que comme défenseur d’un idéal. Cette distinction deviendra d’ailleurs essentielle dans les films suivants, lorsque Steve commencera précisément à remettre en question les institutions auxquelles il obéissait.

Une fin qui change complètement la saveur du film

L’histoire pourrait se terminer comme une aventure héroïque traditionnelle de la Seconde Guerre mondiale, mais elle choisit quelque chose de beaucoup plus mélancolique. Tout ce que Steve vient de construire appartient déjà au passé au moment où il découvre le monde moderne. Son sacrifice ne lui coûte pas seulement plusieurs décennies de sa vie : il lui retire également la possibilité de vivre celle qu’il avait commencée à imaginer.

Cette dimension donne rétrospectivement beaucoup plus de poids à toute l’aventure. Marvel prépare évidemment Avengers, mais cette transition n’est pas seulement une mécanique d’univers partagé. Elle constitue la tragédie fondamentale du personnage : Captain America a gagné la guerre, mais Steve Rogers a perdu son époque.

En résumé

Captain America: First Avenger réussit surtout parce qu’il comprend que Steve Rogers doit être intéressant avant même de devenir Captain America. Chris Evans impose immédiatement le personnage, Hayley Atwell lui offre une excellente partenaire et l’esthétique rétro de Joe Johnston donne au film une identité encore très particulière au sein du MCU.

La deuxième moitié va trop vite et Red Skull aurait mérité davantage de profondeur, mais cette origin story conserve un charme d’aventure pulp et une sincérité qui fonctionnent toujours aussi bien.

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