Après Arthur — Tome 1
Le Trône et l’Épée
Éditeur : Le Lombard
Sortie originale : 4 septembre 2026
Arthur est mort et l’unité de la Bretagne disparaît avec lui. Tandis que les ambitions, les trahisons et les guerres menacent ce qu’il reste de son royaume, Morgane, Guenièvre, la Dame du Lac, Bedwyr ou encore les fils de Mordred tentent de trouver leur place dans ce nouvel ordre. Au centre des convoitises demeure Excalibur : celui qui pourra prétendre à l’épée pourra-t-il également prétendre à l’héritage d’Arthur ?
Commencer là où les autres histoires s’arrêtent
L’idée d’Après Arthur est aussi évidente que séduisante : ne pas raconter une nouvelle fois l’ascension du roi, la Table ronde ou sa chute, mais s’intéresser aux conséquences de sa disparition.
Olivier Legrand transforme ainsi la légende arthurienne en récit de succession. Arthur devient presque plus important par son absence que par sa présence : chacun revendique une partie de son héritage, tandis que le royaume qu’il avait tenté de construire menace de disparaître avec lui. Le Lombard présente d’ailleurs explicitement la série comme une fresque mêlant intrigues, batailles et magie après la mort du souverain.
Excalibur ou le pouvoir laissé vacant
Sans surprise, Excalibur devient rapidement l’un des moteurs de l’intrigue. L’épée n’est plus seulement une arme mythique : elle représente la légitimité nécessaire pour prétendre succéder à Arthur.
Cette lutte permet au scénario de multiplier les alliances et les ambitions contradictoires. Morgane, Guenièvre, Bedwyr, la Dame du Lac et les descendants de Mordred ne poursuivent pas nécessairement le même objectif, et l’album préfère construire une intrigue chorale plutôt que désigner immédiatement un nouveau héros.
C’est ambitieux, peut-être même un peu trop pour un premier tome. Les personnages sont nombreux et certains n’ont pas encore suffisamment de place pour provoquer un véritable attachement. C’est également une réserve relevée par ZOO, qui souligne la difficulté à savoir à qui s’attacher au milieu de cette galerie de protagonistes.
La légende arthurienne rencontre la dark fantasy
Après Arthur assume une approche beaucoup plus sombre de la matière de Bretagne. Le royaume idéalisé appartient au passé ; restent les cadavres, les rivalités, la magie et une société dans laquelle le pouvoir est désormais à prendre.
La comparaison faite par l’éditeur avec Game of Thrones est évidente, peut-être même un peu appuyée, mais elle traduit bien l’intention. Olivier Legrand utilise la légende comme point de départ d’une véritable fantasy politique, avec ce qu’il faut de trahisons et de changements d’allégeance pour entretenir l’incertitude.
Connaître les grandes figures du cycle arthurien aide toutefois à apprécier pleinement les enjeux. L’album ne repart pas de zéro : il joue justement avec ce que le lecteur sait déjà d’Arthur, de Mordred, de Morgane ou d’Excalibur.
Alex Sierra donne de l’ampleur au chaos
Visuellement, le premier tome se montre particulièrement convaincant. Alex Sierra adopte un dessin semi-réaliste très dynamique qui fonctionne aussi bien dans les affrontements que dans les scènes plus posées. Les décors donnent de l’ampleur au monde tandis que les compositions savent rendre les batailles spectaculaires sans sacrifier leur lisibilité.
Le dessinateur assure également la couleur, avec une palette qui accompagne parfaitement cette Bretagne crépusculaire. La couverture résume d’ailleurs parfaitement l’ambition graphique de la série : Excalibur reste droite et lumineuse au milieu d’un champ de morts. Le symbole d’Arthur demeure alors que tout ce qu’il avait construit semble s’effondrer autour de lui.
Un premier tome dense mais prometteur
Le Trône et l’Épée doit installer beaucoup de choses en 80 pages : un monde après Arthur, de nombreux personnages, plusieurs camps, les enjeux autour d’Excalibur et les premières luttes de pouvoir. Cette densité constitue à la fois sa richesse et sa principale faiblesse.
Tout n’a pas encore le temps de respirer et certains personnages restent davantage des pièces sur l’échiquier que des protagonistes auxquels on s’attache réellement. Mais l’univers possède suffisamment de personnalité et les rapports de force sont assez bien installés pour donner envie de voir comment ce royaume en ruines va évoluer.
En résumé
Après Arthur – Le Trône et l’Épée trouve une excellente porte d’entrée dans une légende pourtant racontée d’innombrables fois : commencer après sa conclusion. Olivier Legrand transforme la disparition d’Arthur en point de départ d’une lutte politique, guerrière et magique pour son héritage.
Le nombre important de personnages rend parfois ce premier tome un peu dense, mais l’univers fonctionne et le superbe travail d’Alex Sierra lui donne toute l’ampleur nécessaire. Une ouverture sombre et ambitieuse qui réussit surtout à poser une question simple : après Arthur, qui peut encore être digne de son royaume ?
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