Les Schtroumpfs et le Village perdu
Titre original : Smurfs: The Lost Village
Voix VO : Demi Lovato, Rainn Wilson, Mandy Patinkin, Joe Manganiello
Voix VF : Laëtitia Milot, Gérard Hernandez, Arié Elmaleh
Production / distribution : Sony Pictures Animation, Columbia Pictures, Kerner Entertainment Company / Sony Pictures Releasing
Durée : 1 h 30
Adaptation : Jeunesse
Sortie : 5 avril 2017
Après deux films mêlant animation numérique et prises de vues réelles, les Schtroumpfs reviennent au cinéma en 2017 avec une approche radicalement différente. Réalisé par Kelly Asbury, Les Schtroumpfs et le Village perdu abandonne les grandes villes et les personnages humains pour retrouver l’univers merveilleux imaginé par Peyo. Entièrement réalisé en animation, ce nouveau départ privilégie l’aventure, la découverte et la vie au village. Un choix particulièrement bienvenu qui permet enfin aux petits personnages bleus de redevenir les véritables héros de leur histoire, même si le résultat reste assez conventionnel.
À la recherche d’un mystérieux village
Au village des Schtroumpfs, chacun possède une personnalité bien définie et un rôle correspondant à son nom. Tous, sauf la Schtroumpfette, qui s’interroge sur ce qui la rend véritablement unique.
Lorsqu’elle découvre l’existence possible d’un autre village de Schtroumpfs, elle décide de partir à sa recherche avec le Schtroumpf à lunettes, le Schtroumpf maladroit et le Schtroumpf costaud. Leur voyage les entraîne dans une forêt interdite peuplée de créatures extraordinaires, tandis que Gargamel tente de les suivre pour découvrir ce mystérieux territoire.
Cette intrigue repose sur une aventure assez classique, mais elle possède l’avantage de replacer les personnages dans un environnement fantastique correspondant beaucoup mieux à l’esprit de la bande dessinée.
Un véritable retour à l’univers de Peyo
C’est incontestablement la principale réussite du film. Contrairement aux deux précédentes adaptations, Les Schtroumpfs et le Village perdu ne cherche plus à confronter les petits personnages bleus à notre monde moderne.
Fini New York, Paris et les intrigues sentimentales des personnages humains. L’histoire se déroule entièrement dans un univers merveilleux où les champignons servent de maisons, les animaux possèdent des caractéristiques fantaisistes et les dangers prennent des formes inattendues.
Ce changement permet de retrouver une partie de l’identité des albums de Peyo. Le village redevient un véritable lieu de vie, les Schtroumpfs interagissent entre eux et Gargamel retrouve sa place d’antagoniste au sein de cet univers.
L’animation numérique adopte également des formes plus rondes et des expressions plus proches du dessin animé traditionnel. Les personnages paraissent moins artificiels que dans les films de 2011 et 2013, tandis que les décors colorés renforcent l’atmosphère féerique.
La fidélité n’est cependant pas totale. Le film privilégie une esthétique très lumineuse et spectaculaire, parfois éloignée de la simplicité graphique des albums originaux. Mais l’ensemble respecte davantage l’imaginaire de Peyo et possède une cohérence visuelle que les précédentes adaptations n’avaient jamais vraiment trouvée.
La Schtroumpfette au cœur d’une réflexion sur l’identité
Comme dans Les Schtroumpfs 2, la Schtroumpfette occupe une place centrale dans le récit. Mais cette fois, ses interrogations sont directement liées à l’organisation même du village.
Alors que chaque Schtroumpf semble défini par une caractéristique précise, elle ne possède pas de fonction aussi évidente. Sa différence devient donc le point de départ d’une réflexion sur l’identité et la place de chacun au sein d’une communauté.
Cette idée fonctionne plutôt bien, notamment parce qu’elle s’appuie sur une particularité fondamentale de la bande dessinée. La Schtroumpfette a été créée par Gargamel avant de devenir membre du village, ce qui la distingue effectivement des autres habitants.
Le film développe cette différence dans une perspective plus contemporaine, en cherchant à dépasser le rôle traditionnellement attribué au personnage féminin.
La découverte d’un village peuplé de Schtroumpfs féminins constitue ainsi une évolution importante de l’univers. Elle permet d’introduire de nouveaux personnages et d’élargir les possibilités narratives de la franchise.
Toutefois, cette nouveauté s’éloigne également du fonctionnement original imaginé par Peyo. Là où les albums reposaient sur une petite communauté aux comportements souvent absurdes, le film transforme progressivement son univers en un monde fantastique beaucoup plus vaste.
Une aventure agréable, mais très prévisible
Si le retour à un univers entièrement animé constitue une excellente décision, le scénario manque malheureusement d’originalité.
Le voyage initiatique, la découverte d’un territoire inconnu, les disputes entre compagnons et les révélations sur l’identité de l’héroïne suivent une construction particulièrement classique.
Les péripéties s’enchaînent efficacement, mais les surprises restent limitées. Les personnages secondaires sont souvent réduits à leurs caractéristiques habituelles, tandis que les nouveaux venus manquent parfois de développement.
L’humour repose principalement sur les maladresses des Schtroumpfs, les disputes entre compagnons et les interventions de Gargamel. Certaines séquences fonctionnent bien, notamment grâce à l’énergie de l’animation, mais les plaisanteries restent essentiellement destinées aux jeunes spectateurs.
Le film perd également une partie de l’humour satirique qui faisait la richesse des albums. Chez Peyo, les Schtroumpfs permettaient souvent de caricaturer les comportements humains, les rapports de pouvoir ou les contradictions de la vie collective. Ici, le récit privilégie un message familial beaucoup plus direct sur l’amitié, le courage et l’acceptation de soi.
Une animation colorée qui donne enfin vie au monde des Schtroumpfs
Sur le plan technique, Les Schtroumpfs et le Village perdu constitue une nette amélioration par rapport aux deux films précédents.
Les personnages bénéficient d’une animation plus expressive, tandis que les décors multiplient les détails et les inventions visuelles. La forêt interdite, avec ses plantes lumineuses, ses créatures étranges et ses environnements changeants, offre plusieurs séquences particulièrement réussies.
Cette richesse graphique permet au film de développer un véritable sentiment d’aventure. Les Schtroumpfs ne sont plus de simples créatures numériques intégrées à des décors réels : ils appartiennent pleinement à leur univers.
La réalisation de Kelly Asbury reste assez classique, mais elle sait exploiter les possibilités de l’animation pour proposer des scènes d’action dynamiques et des environnements variés.
On peut néanmoins regretter une tendance à multiplier les couleurs éclatantes et les effets visuels, parfois au détriment de la simplicité et du charme des dessins originaux.
Un nouveau départ qui ne connaîtra pas de suite
Malgré une réception globalement plus favorable que celle des précédentes adaptations, Les Schtroumpfs et le Village perdu ne rencontre pas le succès commercial espéré. Avec environ 197 millions de dollars de recettes mondiales, il réalise un résultat inférieur à celui des deux films précédents.
Cette performance ne permet pas de relancer durablement la franchise cinématographique sous cette forme. Les Schtroumpfs poursuivront néanmoins leur carrière à travers de nouvelles productions animées, notamment une série télévisée lancée en 2021 et un nouveau long métrage sorti en 2025.
Ce film de 2017 demeure donc une tentative intéressante de réorienter la franchise vers ses racines, sans parvenir à imposer une nouvelle série de longs métrages.
Une adaptation plus respectueuse, sans être totalement convaincante
Les Schtroumpfs et le Village perdu représente une amélioration évidente par rapport aux films de 2011 et 2013. En abandonnant les prises de vues réelles et les intrigues humaines, Kelly Asbury retrouve enfin l’essentiel : les Schtroumpfs, leur village et leur univers merveilleux.
L’animation est agréable, les décors sont inventifs et la place accordée à la Schtroumpfette apporte une dimension intéressante au récit.
Mais le film reste limité par un scénario très prévisible, des personnages parfois superficiels et un humour qui manque de la malice des bandes dessinées de Peyo.
Une aventure familiale sympathique et visuellement réussie, qui constitue probablement la meilleure des trois adaptations produites par Sony Pictures Animation, sans parvenir à retrouver toute l’intelligence et l’originalité des albums.
En résumé
Un retour bienvenu à l’univers merveilleux de Peyo après deux adaptations hollywoodiennes trop éloignées de la bande dessinée. Grâce à son animation colorée, ses décors inventifs et une Schtroumpfette davantage développée, Les Schtroumpfs et le Village perdu retrouve une grande partie du charme de la franchise. Son scénario prévisible et son humour très enfantin limitent cependant ses ambitions. Une adaptation agréable et plus respectueuse de son modèle, sans être totalement à la hauteur des albums originaux.
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