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Ninja Turtles: Teenage Years

Affiche de Ninja Turtles: Teenage Years

Ninja Turtles: Teenage Years

Titre original : Teenage Mutant Ninja Turtles: Mutant Mayhem

Réalisation : Jeff Rowe

Voix VO : Micah Abbey, Shamon Brown Jr., Nicolas Cantu, Brady Noon

Voix VF : Aloïs Agaësse-Mahieu, Kylian Trouillard, Jean-Stan du Pac, Emmylou Homs

Production / distribution : Nickelodeon Movies, Point Grey Pictures / Paramount Pictures

Durée : 1 h 40

Adaptation : Jeunesse

Sortie : 9 août 2023

★★★★★ 4/5

Après les mastodontes numériques des films de 2014 et 2016, les Tortues Ninja changent une nouvelle fois complètement de direction. Produit et coécrit par Seth Rogen, Ninja Turtles: Teenage Years revient à l’animation avec une idée finalement toute simple : Leonardo, Raphael, Donatello et Michelangelo sont des adolescents. Et pour une franchise qui porte le mot « Teenage » dans son titre depuis ses débuts, le cinéma l’avait rarement aussi bien compris.

Quatre adolescents qui rêvent de découvrir le monde

Élevés dans les égouts de New York par Splinter, Leonardo, Raphael, Donatello et Michelangelo ont grandi à l’écart des humains. Leur père adoptif leur interdit de se montrer à la surface, persuadé que le monde extérieur rejettera forcément leur différence.

Les quatre frères rêvent pourtant d’une vie normale. Leur rencontre avec April O’Neil leur donne alors une idée : s’ils réussissent à devenir les héros de New York, les humains finiront peut-être par les accepter.

Leur quête les conduit sur la piste de Superfly et d’un groupe de mutants qui entretiennent avec l’humanité une relation beaucoup moins pacifique.

Le scénario repose donc sur une problématique particulièrement adaptée aux Tortues : comment trouver sa place lorsque l’on est différent et que l’on voudrait simplement être accepté ?

Enfin de véritables adolescents

C’est la grande réussite du film.

Ces Tortues ne sont pas simplement des combattants qui font occasionnellement des blagues. Ce sont quatre gamins surexcités qui parlent en même temps, se moquent les uns des autres, utilisent leur téléphone, découvrent le monde et rêvent d’aller au lycée.

Leurs conversations donnent souvent l’impression d’écouter quatre frères discuter plutôt que des dialogues soigneusement écrits pour différencier artificiellement les personnages.

Leonardo tente maladroitement d’assumer son rôle de chef. Raphael reste le plus impulsif. Donatello est passionné par la culture populaire et Michelangelo possède toujours cette énergie incontrôlable qui caractérise le personnage.

Mais surtout, ils fonctionnent comme un groupe.

Le choix de confier les quatre rôles à de jeunes comédiens renforce énormément cette sensation. Le film retrouve ainsi quelque chose d’essentiel que plusieurs adaptations précédentes avaient oublié : avant d’être des ninjas, ce sont des adolescents.

Une identité graphique immédiatement reconnaissable

Après Spider-Man: New Generation, l’animation américaine semble avoir définitivement compris qu’un film en images de synthèse n’était pas obligé de rechercher une image parfaitement lisse.

Teenage Years pousse cette idée dans une autre direction.

Les personnages possèdent des proportions irrégulières, les perspectives semblent parfois volontairement approximatives et les textures évoquent des dessins griffonnés dans un cahier d’adolescent. Les traits restent visibles, les formes sont imparfaites et certaines images donnent presque l’impression d’avoir été coloriées à la main.

Le résultat peut surprendre pendant les premières minutes, mais cette esthétique correspond parfaitement à l’univers du film.

Les Tortues elles-mêmes sont beaucoup moins imposantes que dans les films précédents. Elles ressemblent réellement à de jeunes mutants encore en pleine croissance, ce qui les rend immédiatement plus attachantes.

April O’Neil complètement réinventée

April bénéficie elle aussi d’une nouvelle interprétation. Elle n’est plus la journaliste adulte traditionnellement associée aux Tortues, mais une adolescente qui tente de trouver sa propre place.

Cette décision permet de créer une véritable proximité avec les quatre frères. April n’est plus seulement leur contact avec le monde humain : elle traverse des problèmes comparables aux leurs.

Le personnage possède également ses propres complexes et ses propres ambitions. Son association avec les Tortues paraît ainsi beaucoup plus naturelle que dans certaines adaptations où elle servait essentiellement à faire avancer l’intrigue.

Le film construit même une relation assez touchante entre April et Leonardo sans en faire le centre de l’histoire.

Superfly, un antagoniste qui fonctionne comme un miroir

Le film prend également une décision intéressante en ne plaçant pas immédiatement Shredder au cœur de son intrigue.

Superfly constitue au contraire un adversaire directement lié au thème principal. Comme les Tortues, il est un mutant rejeté par les humains. La différence tient à la réponse qu’il apporte à ce rejet.

Là où Leonardo et ses frères espèrent encore être acceptés, Superfly considère que la coexistence est impossible.

Cette opposition donne davantage de sens au conflit qu’un simple affrontement entre héros et méchant. Les Tortues pourraient finalement devenir exactement comme Superfly si elles abandonnaient l’idée de vivre avec les humains.

Le personnage conserve parallèlement le ton délirant du film et permet surtout d’introduire une impressionnante galerie de mutants.

Bebop, Rocksteady et toute une famille de mutants

Le plaisir vient également du nombre de personnages issus de l’univers des Tortues. Bebop et Rocksteady sont accompagnés notamment de Mondo Gecko, Leatherhead, Wingnut ou encore Ray Fillet.

Contrairement au film de 2016, qui utilisait Bebop et Rocksteady principalement comme adversaires spectaculaires, Teenage Years s’intéresse davantage à l’idée que tous ces mutants constituent une sorte de famille parallèle.

Le film retrouve ainsi la folie de la franchise sans donner l’impression de cocher une liste de personnages réclamés par les fans.

Splinter bénéficie lui aussi d’un traitement original. Cette version est particulièrement protectrice, presque paranoïaque à l’idée de laisser ses fils fréquenter des humains. Derrière l’humour se dessine pourtant un père qui doit accepter que ses enfants grandissent et finissent par lui échapper.

Une animation particulièrement inventive dans l’action

Les combats profitent énormément de la direction artistique.

Plutôt que de rechercher systématiquement la lisibilité parfaite et les mouvements spectaculaires, les réalisateurs utilisent les déformations, les cadrages et le montage pour donner aux affrontements une énergie presque chaotique.

Une séquence en particulier, construite autour de plusieurs combats simultanés, montre tout le potentiel de cette approche. Les quatre frères ne ressemblent pas encore à des ninjas invincibles : ils improvisent, commettent des erreurs et remportent parfois leurs combats presque accidentellement.

Cela les rend paradoxalement beaucoup plus intéressants à regarder.

Quelques limites derrière toute cette énergie

Le film n’échappe pourtant pas à certains défauts.

Son rythme extrêmement rapide laisse parfois peu de temps à certaines idées pour respirer. La quantité de mutants introduits signifie également que plusieurs personnages restent essentiellement des silhouettes amusantes.

L’humour très contemporain constitue aussi un choix assumé. Les références à la culture populaire, aux réseaux sociaux et aux habitudes des adolescents ancrent fortement le film dans son époque. Cela renforce son authenticité aujourd’hui, même si certaines références risquent forcément de vieillir plus rapidement.

Le dernier acte retombe également dans une forme de gigantisme assez classique du cinéma d’animation moderne, alors que le film est souvent meilleur lorsqu’il reste concentré sur les quatre frères.

Mais ces défauts ne remettent jamais réellement en cause ce qui fonctionne au cœur du projet.

Une nouvelle génération particulièrement prometteuse

Teenage Years réussit là où beaucoup de reboots échouent : moderniser une franchise sans simplement changer son apparence.

Les Tortues restent Leonardo, Raphael, Donatello et Michelangelo. Elles mangent toujours des pizzas, vivent dans les égouts, pratiquent les arts martiaux et passent leur temps à se chamailler. Mais le film retrouve la dimension adolescente qui permet de donner un nouveau sens à tous ces éléments.

Après plusieurs adaptations cherchant à rendre les Tortues plus imposantes ou plus spectaculaires, cette version comprend qu’elles peuvent être plus intéressantes en étant simplement plus jeunes, plus maladroites et plus humaines.

L’identité graphique très forte achève de distinguer le film de ses prédécesseurs. Pour la première fois depuis longtemps au cinéma, les Tortues Ninja donnent réellement l’impression de commencer une nouvelle aventure plutôt que de reproduire une formule déjà connue.

En résumé

Une réinvention particulièrement réussie qui retrouve enfin la dimension adolescente des Tortues Ninja. Son animation audacieuse, la complicité des quatre frères et une galerie de mutants parfaitement intégrée donnent une véritable personnalité au film, malgré un rythme parfois précipité et un dernier acte plus conventionnel.

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