Aquaman
Titre original : Aquaman
Avec : Jason Momoa, Amber Heard, Willem Dafoe, Patrick Wilson, Nicole Kidman
Production / distribution : DC Entertainment, The Safran Company, Cruel and Unusual Films / Warner Bros. France
Durée : 2 h 23
Adaptation : Comics
Sortie : 9 décembre 2018
Après une première apparition dans Batman v Superman puis un rôle plus important dans Justice League, Aquaman obtient en 2018 son premier long métrage en solo. James Wan confie définitivement le personnage à Jason Momoa et l’entoure notamment d’Amber Heard, Patrick Wilson, Willem Dafoe et Nicole Kidman. Le film plonge cette fois pleinement dans Atlantis et les différents royaumes sous-marins de l’univers DC.
Jason Momoa réinvente Aquaman à son image
Pendant des décennies, Aquaman a traîné une réputation assez ingrate auprès du grand public. Parler aux poissons n’avait évidemment pas le même prestige que voler comme Superman ou posséder les gadgets de Batman.
Jason Momoa prend le problème à l’envers. Plutôt que de chercher à convaincre que l’ancien Aquaman était déjà cool, cette adaptation reconstruit largement son image : cheveux longs, tatouages, humour, puissance physique et attitude de rock star.
Ce choix éloigne parfois Arthur Curry de certaines incarnations classiques des comics, mais fonctionne remarquablement au cinéma. Momoa possède suffisamment de charisme pour rendre naturel un personnage qui pourrait rapidement devenir ridicule.
Surtout, derrière la carrure et les plaisanteries, Arthur reste un homme partagé entre deux mondes. Le film ne raconte finalement pas comment Aquaman devient puissant, mais comment Arthur accepte d’être Aquaman.
James Wan refuse d’avoir honte des comics
C’est probablement la meilleure qualité du film.
Un royaume sous-marin, des soldats chevauchant des requins, des armures brillantes, un trident légendaire, des créatures gigantesques, des Atlantes discutant sous l’eau : Aquaman aurait facilement pu tenter de rendre tout cela plus sobre pour paraître sérieux.
James Wan fait exactement l’inverse.
Plus le concept semble excessif, plus il l’assume. Atlantis devient une immense métropole bioluminescente et les différents royaumes possèdent leurs propres architectures, couleurs et créatures. Le film passe du péplum au film d’aventure, puis au fantastique et presque à l’horreur sans sembler embarrassé par ses changements de registre.
Aquaman fonctionne parce qu’il ne cherche jamais à s’excuser d’être un film adapté d’un comic book.
Patrick Wilson donne à Ocean Master de véritables raisons d’exister
Orm aurait pu n’être que le frère jaloux réclamant le trône. Patrick Wilson lui apporte heureusement davantage de nuances.
Son opposition à Arthur repose évidemment sur le pouvoir, mais également sur une véritable colère envers le monde de la surface. Les océans ont été pollués et exploités pendant des générations ; son hostilité possède donc une origine compréhensible, même lorsque ses réponses deviennent extrêmes.
La relation fraternelle donne surtout au conflit une dimension plus personnelle. Arthur n’affronte pas simplement un méchant qui veut détruire le monde : il doit accepter une partie de son héritage qu’il a longtemps refusée.
Orm représente finalement ce qu’Arthur aurait pu devenir en choisissant exclusivement Atlantis contre la surface.
Black Manta méritait presque un autre film
Yahya Abdul-Mateen II apporte parallèlement Black Manta, l’un des ennemis emblématiques d’Aquaman.
Visuellement, James Wan accomplit encore quelque chose d’assez réjouissant : il conserve son gigantesque casque. Sur le papier, ces énormes yeux rouges pourraient sembler impossibles à transposer sérieusement. À l’écran, ils deviennent justement ce qui rend immédiatement le personnage identifiable.
Son histoire introduit également une vengeance beaucoup plus intime que celle d’Orm. Arthur commet une décision dont les conséquences reviendront directement le poursuivre.
Mais deux antagonistes, Atlantis, l’origine d’Arthur et la quête du trident représentent déjà énormément de matière. Black Manta apparaît donc parfois comme un excellent méchant coincé dans un film qui n’avait pas réellement besoin d’un deuxième grand adversaire.
Indiana Jones sous l’océan
L’une des bonnes surprises d’Aquaman vient de sa structure. Le film n’est pas uniquement une succession de batailles sous-marines : une grande partie fonctionne comme une aventure à la recherche d’un artefact perdu.
Arthur et Mera doivent suivre des indices, voyager et découvrir progressivement l’histoire d’Atlantis. James Wan retrouve alors quelque chose du cinéma d’aventure classique, simplement transposé dans un univers super-héroïque.
Cette construction permet également au film de respirer entre ses énormes morceaux de bravoure. La Sicile apporte notamment une lumière et des couleurs qui contrastent avec les profondeurs océaniques.
Tout n’est pas subtil, mais l’objectif est clair : Aquaman n’est pas seulement un super-héros sous l’eau, il devient le héros d’un véritable récit d’aventure.
Un spectacle gigantesque qui finit parfois par saturer
La générosité de James Wan possède néanmoins son revers : Aquaman ne sait pratiquement jamais s’arrêter.
Lorsqu’une bataille peut contenir dix créatures, le film en met cent. Lorsqu’un décor peut comporter quelques lumières, Atlantis devient une explosion de néons. Et lorsqu’un affrontement semble atteindre son maximum, une nouvelle armée apparaît.
Cette surenchère donne au film une énergie communicative, mais aussi une certaine saturation. Avec près de deux heures et demie, l’aventure accumule les intrigues, les révélations, les royaumes et les combats.
Les effets numériques sont également omniprésents et leur qualité n’est pas toujours parfaitement homogène. Mais il faut reconnaître au film une qualité devenue assez rare : on voit réellement son budget à l’écran.
Même lorsqu’il en fait trop, Aquaman préfère l’excès d’imagination à l’absence d’imagination.
Un univers suffisamment fort pour exister sans le reste de DC
C’est peut-être la plus grande réussite du film. Arthur Curry avait déjà participé à Justice League, mais Aquaman ne passe pas son temps à rappeler au spectateur qu’il appartient à un univers partagé.
Pas besoin de Batman ou Superman pour donner de l’importance à son aventure. Atlantis, Mera, Orm, Black Manta, Vulko et Atlanna suffisent largement à construire sa mythologie.
Après plusieurs films DC souvent dominés par une esthétique sombre, James Wan choisit au contraire la couleur, le merveilleux et l’exagération. Cela permet enfin à Aquaman d’exister selon ses propres règles.
Et c’était probablement exactement ce dont le personnage avait besoin.
En résumé
Aquaman transforme un héros longtemps moqué en vedette d’un immense film d’aventure fantastique. Jason Momoa impose définitivement sa version d’Arthur Curry, Patrick Wilson offre un adversaire solide et James Wan embrasse sans complexe toute la folie visuelle des comics.
Le scénario est chargé, Black Manta aurait mérité davantage d’espace et la surenchère numérique devient parfois épuisante. Mais cette générosité fait aussi tout le charme du film : Aquaman préfère prendre le risque d’en faire trop plutôt que celui de manquer d’ambition.
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