Iznogoud
Avec : Michaël Youn, Jacques Villeret, Olivier Baroux, Kad Merad
Production / distribution : ertigo Productions, TF1 Films Production / Warner Bros. France
Durée : 1 h 35
Adaptation : BD franco-belge
Sortie : 9 février 2005
Adapter Iznogoud au cinéma avait pourtant tout d’une bonne idée. Créée par René Goscinny et Jean Tabary, la BD repose sur un concept formidablement simple : un grand vizir obsédé par l’idée de devenir « calife à la place du calife », multipliant les plans absurdes qui finissent systématiquement par se retourner contre lui. En 2005, Patrick Braoudé réunit Michaël Youn, Jacques Villeret, Kad et Olivier, Franck Dubosc ou encore Bernard Farcy pour en faire une énorme comédie populaire. Le résultat est un festival de surjeu, de mauvais goût et de gags épuisants qui semble avoir conservé les costumes d’Iznogoud tout en perdant presque entièrement l’humour de Goscinny.
Iznogoud transformé en machine à grimaces
Michaël Youn possède théoriquement l’énergie nécessaire pour incarner Iznogoud. Le personnage est excessif, colérique, mégalomane et incapable de comprendre pourquoi ses plans échouent. Il ne fallait donc certainement pas rechercher la sobriété.
Mais le film confond immédiatement personnage excessif et acteur devant jouer constamment au maximum. Michaël Youn crie, gesticule, grimace et enchaîne les numéros sans pratiquement jamais redescendre. Au bout de quelques minutes, il ne reste donc plus aucune possibilité d’escalade.
Dans la BD, la colère d’Iznogoud est drôle parce qu’elle arrive après la construction méthodique d’un plan et son inévitable effondrement. Ici, il semble déjà au bord de l’explosion avant même que quelque chose ne se produise. Le personnage devient épuisant bien avant que le film soit terminé.
Jacques Villeret, une présence qui sauve quelques scènes
Jacques Villeret apporte heureusement une douceur complètement différente au calife Haroun El Poussah. Son calme et sa naïveté créent naturellement le contraste indispensable avec Iznogoud.
C’est d’ailleurs probablement ce qui se rapproche le plus de l’esprit original. Le calife ne comprend absolument pas que son grand vizir souhaite sa disparition et traverse les catastrophes avec une sérénité désarmante. Face à l’agitation permanente de Michaël Youn, Villeret n’a souvent besoin que d’une expression pour être plus drôle.
Sa présence possède également aujourd’hui une dimension particulière : Iznogoud sortira quelques jours seulement après la disparition de l’acteur en janvier 2005.
Une accumulation de vedettes plutôt que de personnages
Le casting donne rapidement l’impression d’un gigantesque défilé de la comédie française des années 2000. Kad et Olivier, Franck Dubosc, Bernard Farcy, Rufus, Magloire et d’autres viennent participer à cette immense farce.
Mais le film semble souvent penser que reconnaître un comédien constitue déjà une blague. Les apparitions, accents, déguisements et numéros s’accumulent sans réellement enrichir l’univers.
Le problème est particulièrement représentatif d’une certaine comédie française de cette période : chacun semble venir effectuer son numéro plutôt que participer à un ensemble. Iznogoud ressemble alors davantage à une succession de sketches extrêmement coûteux qu’à une aventure.
L’humour de Goscinny disparaît sous le bruit
C’est probablement le plus gros échec de l’adaptation. Goscinny construisait Iznogoud autour des mots, des répétitions, des raisonnements absurdes et surtout de l’ironie fondamentale de la série : tout le monde ou presque peut comprendre les intentions d’Iznogoud sauf le calife qu’il cherche continuellement à éliminer.
Le cinéma aurait pu exploiter cette mécanique en développant les plans du vizir et leurs conséquences. Patrick Braoudé préfère multiplier les gags visuels, les anachronismes, les références contemporaines et les effets comiques lourdement soulignés.
Ce n’est pas simplement que les blagues vieillissent mal : beaucoup semblent déjà forcées dans leur conception. Là où Goscinny pouvait construire un gag avec quelques dialogues parfaitement rythmés, le film semble constamment persuadé qu’il faut ajouter du bruit, une grimace ou un effet supplémentaire.
Une mise en scène qui transforme tout en gigantesque carnaval
Il y a pourtant de l’argent à l’écran. Les décors sont imposants, les costumes nombreux et l’univers possède une véritable ambition visuelle. Iznogoud ne ressemble certainement pas à une petite production bricolée.
Mais Patrick Braoudé transforme cette richesse en immense parc d’attractions. Couleurs criardes, figurants, chorégraphies, effets numériques, costumes extravagants : chaque plan cherche à attirer l’attention.
Cette surenchère finit par produire exactement l’effet inverse. Plus le film cherche à paraître spectaculaire, moins son univers semble réel. On ne croit jamais véritablement à Bagdad : on regarde constamment un gigantesque décor dans lequel des comédiens jouent à être dans Iznogoud.
Même la simplicité de la BD est perdue
Le plus étonnant reste que le matériau original n’avait pas besoin d’une intrigue particulièrement sophistiquée. Iznogoud veut devenir calife. Il imagine un plan. Dilat Laraht l’accompagne. Haroun El Poussah ne comprend rien. Le plan échoue. Toute la richesse vient des variations autour de cette mécanique.
Le film cherche au contraire à fabriquer une grosse aventure, à ajouter des personnages, de la romance, des chansons et toujours davantage de spectacle. À force de vouloir enrichir une formule volontairement simple, il la rend paradoxalement beaucoup moins efficace.
C’est finalement le contraire d’une bonne adaptation : tout ce qui était simple devient compliqué, et tout ce qui était subtil devient énorme.
Une comédie qui vieillit particulièrement mal
Certains films comiques des années 2000 conservent leur efficacité malgré des éléments très liés à leur époque. Iznogoud, lui, semble enfermé dedans. Son humour, ses références et son casting donnent parfois l’impression d’une gigantesque capsule temporelle.
Cela pourrait lui apporter un certain charme kitsch. Malheureusement, le rythme frénétique et l’accumulation permanente empêchent même ce plaisir régressif de véritablement fonctionner.
On finit surtout par attendre les rares moments où le film ralentit suffisamment pour laisser Jacques Villeret jouer tranquillement une scène.
En résumé
Iznogoud avait une BD brillante, un budget confortable et une distribution impressionnante. Il en tire une comédie bruyante, épuisante et souvent très lourde où Michaël Youn est constamment poussé vers la surenchère. Jacques Villeret apporte quelques rares respirations, mais difficile de trouver beaucoup d’autres choses à sauver.
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