Aquaman et le Royaume perdu
Titre original : Aquaman and the Lost Kingdom
Avec : Jason Momoa, Patrick Wilson, Yahya Abdul-Mateen II, Nicole Kidman
Production / distribution : DC Studios, The Safran Company, Atomic Monster / Warner Bros. France
Durée : 2 h 04
Adaptation : Comics
Sortie : 20 décembre 2023
Cinq ans après le premier Aquaman, James Wan retrouve Jason Momoa pour une seconde aventure consacrée au roi d’Atlantis. Patrick Wilson, Yahya Abdul-Mateen II, Amber Heard et Nicole Kidman reprennent leurs rôles, tandis que Black Manta devient cette fois l’adversaire principal. Sorti en France le 20 décembre 2023, Aquaman et le Royaume perdu est également l’un des derniers films produits dans la continuité de l’ancien univers cinématographique DC.
Jason Momoa est toujours Aquaman… mais le personnage n’avance plus beaucoup
Le premier film racontait l’acceptation progressive de l’héritage d’Arthur Curry. Cette fois, il est roi, mari et père. Sur le papier, ces nouvelles responsabilités pouvaient profondément faire évoluer le personnage.
Le film préfère pourtant rapidement retrouver le Jason Momoa que le public connaît : blagues, attitude décontractée, grosses bagarres et quelques bières. L’acteur conserve évidemment un charisme considérable et semble toujours prendre beaucoup de plaisir dans le rôle.
Mais Arthur donne parfois l’impression d’avoir davantage changé de situation que véritablement évolué. Ses difficultés à gouverner Atlantis sont rapidement installées avant que l’intrigue ne reparte vers une aventure beaucoup plus classique.
Momoa reste parfaitement à l’aise en Aquaman ; c’est surtout le scénario qui ne sait plus très bien quoi lui faire découvrir sur lui-même.
Le véritable atout du film, c’est finalement Orm
La meilleure idée consiste à remettre Patrick Wilson au centre de l’histoire, mais cette fois aux côtés d’Arthur.
L’ancien Ocean Master doit collaborer avec son demi-frère, permettant au film de transformer leur rivalité du premier volet en buddy movie. Arthur fonce, plaisante et improvise ; Orm conserve sa rigidité aristocratique et son sérieux presque permanent.
Le contraste fonctionne.
Patrick Wilson semble même particulièrement à l’aise dans ce registre légèrement plus comique sans transformer Orm en caricature. La relation entre les deux frères offre au film ses scènes les plus sympathiques et donne une continuité réelle au premier épisode.
Là où Aquaman racontait essentiellement deux frères se disputant un royaume, sa suite devient plus intéressante lorsqu’elle raconte deux frères obligés d’apprendre à en partager la responsabilité.
Black Manta obtient enfin la place qu’il méritait
Relativement secondaire dans le premier film, David Kane devient ici l’antagoniste central. Yahya Abdul-Mateen II peut enfin exploiter pleinement la colère du personnage envers Arthur.
Son apparence reste particulièrement réussie. James Wan n’a toujours pas peur du gigantesque casque de Black Manta et continue d’assumer ce qui pourrait facilement sembler ridicule dans une adaptation plus timide.
Le Trident noir lui apporte cependant une dimension surnaturelle qui affaiblit paradoxalement ce qui rendait le personnage intéressant. Black Manta possédait déjà une raison très personnelle de vouloir tuer Aquaman. Il n’avait pas nécessairement besoin d’un artefact maléfique pour devenir plus dangereux.
À force de vouloir augmenter les enjeux, le film rend ainsi plus générique un adversaire qui fonctionnait justement grâce à la simplicité de sa vengeance.
James Wan continue de faire absolument ce qu’il veut visuellement
Sur ce point, difficile de reprocher au réalisateur d’avoir perdu son enthousiasme.
Le Royaume perdu mélange toujours les influences avec une liberté réjouissante. Science-fiction rétro, monstres marins, ruines antiques, technologie atlante, créatures mutantes : James Wan construit son monde comme s’il refusait catégoriquement de choisir un seul genre.
Certains passages lorgnent même davantage vers le film de monstres et l’horreur, terrain évidemment familier du réalisateur. Le Royaume perdu possède ainsi une atmosphère plus inquiétante qui tranche avec les couleurs éclatantes d’Atlantis.
Comme dans le premier film, tout n’est pas visuellement homogène et les effets numériques sont omniprésents. Mais au moins, Aquaman conserve une qualité devenue rare dans les univers partagés : on reconnaît immédiatement son monde.
Une aventure plus courte, mais étrangement moins épique
Le premier Aquaman était excessif, parfois jusqu’à l’épuisement. Mais cette démesure participait à son charme. James Wan donnait l’impression de vouloir mettre dans son film toutes les idées qu’il avait accumulées depuis son enfance.
Cette suite est plus ramassée, mais aussi moins émerveillante.
La découverte d’Atlantis n’est évidemment plus possible et le scénario reprend plusieurs éléments déjà installés : tensions entre surface et océans, rivalités atlantes, artefact ancien, armées sous-marines et menace capable de provoquer une catastrophe mondiale.
Le rythme reste soutenu et l’aventure ne devient jamais réellement ennuyeuse, mais l’effet de surprise a disparu. Là où le premier film semblait constamment ouvrir une nouvelle porte, le deuxième revisite souvent des pièces que nous connaissons déjà.
Une dimension écologique évidente, mais assez appuyée
Le conflit entre la surface et les océans permet au film d’aborder directement le changement climatique et la pollution. Ce n’est pas artificiel dans l’univers d’Aquaman : difficile d’imaginer un héros plus naturellement concerné par l’état des océans.
Le problème vient plutôt de la manière dont le message est exposé. Le scénario verbalise énormément ses enjeux et transforme parfois son sous-texte écologique en véritable discours explicatif.
Le premier film utilisait déjà la pollution pour donner une motivation compréhensible à Orm. Cette suite pousse logiquement cette idée plus loin, mais avec moins de finesse.
L’intention est cohérente. L’écriture l’est beaucoup moins.
La fin d’un univers qui ressemble surtout à une fin de contrat
Difficile enfin de regarder Aquaman et le Royaume perdu sans connaître son contexte. Lors de sa sortie, la reconstruction de l’univers DC sous la direction de James Gunn et Peter Safran était déjà annoncée.
Le film se retrouve donc dans une position étrange : il est la suite d’un énorme succès tout en appartenant à une continuité dont l’avenir est déjà largement remis à zéro.
James Wan évite heureusement de transformer son film en cérémonie d’adieu au DCEU. Pas de grande rétrospective ni de tentative artificielle pour refermer toutes les intrigues de cet univers.
Mais cela contribue aussi à cette étrange impression d’assister à une aventure sans lendemain. Aquaman referme presque dix années du DCEU sans réellement avoir été conçu pour en être la conclusion.
En résumé
Aquaman et le Royaume perdu reste un divertissement généreux porté par le charisme de Jason Momoa et surtout par son excellente dynamique avec Patrick Wilson. James Wan conserve également cette folie visuelle qui avait donné au premier film une personnalité immédiatement reconnaissable.
Mais la surprise n’est plus là. Black Manta est enfin placé au premier plan sans être pleinement exploité, les enjeux recyclent plusieurs idées du précédent volet et l’ensemble semble davantage prolonger Aquaman que lui trouver une véritable nouvelle direction. Une suite sympathique et spectaculaire, mais nettement moins mémorable que la première plongée.
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