Thor
Titre original : Thor
Avec : Chris Hemsworth, Natalie Portman, Tom Hiddleston, Anthony Hopkins
Production / distribution : Marvel Studios / Paramount Pictures France
Durée : 1 h 55
Adaptation : Comics
Sortie : 27 avril 2011
Après avoir installé Iron Man et Hulk, Marvel Studios s’attaque en 2011 à un héros d’une tout autre nature avec Thor. Kenneth Branagh réalise cette première aventure portée par Chris Hemsworth, Natalie Portman, Tom Hiddleston et Anthony Hopkins. Le film doit faire cohabiter la Terre du MCU avec Asgard, ses dieux, ses royaumes et sa mythologie directement inspirée des comics Marvel eux-mêmes nourris de mythologie nordique.
Thor doit d’abord apprendre à ne plus être Thor
Lorsque nous le découvrons, Thor possède déjà pratiquement tout ce qui définit visuellement le personnage : Mjolnir, sa puissance, son costume et son statut de fils d’Odin. Ce qui lui manque, c’est précisément ce qui doit faire de lui un héros. Arrogant, impulsif et persuadé que sa force lui donne raison, il provoque une crise simplement parce qu’il considère la prudence comme une faiblesse.
Son bannissement constitue donc une excellente manière de construire le personnage à l’envers. Là où Tony Stark devait fabriquer Iron Man et Steve Rogers obtenir les moyens physiques de devenir Captain America, Thor possède déjà ses pouvoirs et doit apprendre à les mériter. Chris Hemsworth fonctionne immédiatement parce qu’il assume aussi bien la dimension imposante du dieu que son ridicule lorsqu’il découvre les habitudes terrestres. Thor ne devient pas un héros lorsqu’il récupère Mjolnir : il récupère Mjolnir parce qu’il est enfin devenu capable d’être un héros.
Kenneth Branagh prend Asgard très au sérieux
Le choix de Kenneth Branagh pouvait paraître étonnant pour lancer un blockbuster Marvel, mais son goût pour Shakespeare correspond parfaitement aux conflits de la famille royale d’Asgard. Odin n’est pas simplement le père du héros, il est un roi confronté à deux fils dont les ambitions, les blessures et les jalousies menacent directement sa succession.
Anthony Hopkins apporte immédiatement la gravité nécessaire à Odin. Asgard peut être couvert d’or, traversé par un pont arc-en-ciel et peuplé de personnages vêtus comme des divinités, Branagh ne traite jamais cet univers comme quelque chose dont il faudrait s’excuser. Cette sincérité est essentielle : le film accepte totalement que la querelle familiale de Thor et Loki puisse avoir des conséquences à l’échelle de plusieurs mondes.
Loki naît presque en même temps que Thor
Tom Hiddleston constitue probablement l’autre grande révélation du film. Loki n’est pas encore le personnage exubérant que les productions suivantes développeront. Il apparaît plus discret, blessé et constamment placé dans l’ombre d’un frère qui semble destiné à recevoir tout ce qu’il désire.
La découverte de ses origines donne surtout une véritable dimension à sa jalousie. Loki ne veut pas simplement conquérir Asgard parce que le film a besoin d’un antagoniste : il cherche désespérément la reconnaissance d’Odin tout en découvrant que sa propre identité repose sur un mensonge. Ses actes deviennent progressivement monstrueux, mais sa blessure reste compréhensible. Le film construit ainsi en une seule aventure une relation fraternelle suffisamment forte pour alimenter une grande partie du MCU.
Sur Terre, le dieu devient une comédie
Le contraste avec le Nouveau-Mexique est volontairement brutal. Après les palais d’Asgard et les Géants des Glaces, Thor se retrouve dans une petite ville où personne n’a la moindre raison de croire qu’un homme réclamant un marteau magique puisse réellement être le dieu du tonnerre. Cette confrontation offre au film une bonne partie de son humour.
Chris Hemsworth excelle particulièrement dans ces scènes. Thor fracasse une tasse pour montrer qu’il apprécie son café, entre dans une animalerie pour réclamer un cheval et continue quelque temps à se comporter comme si tout le monde devait naturellement lui obéir. L’humour fonctionne parce qu’il découle du personnage et non d’une accumulation de plaisanteries destinées à interrompre les scènes sérieuses.
Jane Foster fonctionne, mais la romance va beaucoup trop vite
Natalie Portman donne à Jane Foster suffisamment d’énergie pour qu’elle ne soit pas réduite au rôle de spectatrice émerveillée devant Thor. Scientifique passionnée, elle voit immédiatement dans son arrivée la possibilité de confirmer ses recherches et sert de passerelle entre les explications mythologiques d’Asgard et une interprétation plus scientifique de ces phénomènes.
La relation amoureuse est toutefois beaucoup moins convaincante. Thor passe relativement peu de temps sur Terre et leur attachement devient rapidement suffisamment important pour influencer ses décisions. Hemsworth et Portman possèdent une bonne alchimie, mais le scénario demande au spectateur d’accepter en quelques jours une relation que le film aurait gagné à laisser mûrir davantage.
Un spectaculaire encore à taille humaine
Le film appartient à une époque où le MCU n’est pas encore obligé de terminer chaque aventure avec des dizaines de héros et plusieurs armées numériques. Le Destructeur permet une confrontation spectaculaire sur Terre tandis que les enjeux d’Asgard restent essentiellement liés à Thor, Loki et Odin.
Les effets visuels ont parfois vieilli, et l’esthétique d’Asgard oscille entre le majestueux et le clinquant. Les fameux cadrages inclinés de Branagh sont également utilisés avec une générosité parfois difficile à ignorer. Mais le réalisateur possède au moins une véritable approche visuelle. Thor n’est pas seulement un épisode chargé de conduire son héros jusqu’à Avengers : il ressemble encore au film d’un cinéaste identifiable.
Une mythologie immense racontée à travers une famille
C’est finalement là que Thor fonctionne le mieux. Le film introduit Asgard, Jotunheim, le Bifröst, Mjolnir, Heimdall et plusieurs personnages qui deviendront importants, mais son intrigue reste étonnamment simple. Derrière tous ces éléments cosmiques se trouve essentiellement l’histoire d’un père et de ses deux fils.
Cette simplicité permet à Marvel de faire accepter un changement considérable d’échelle. Après les technologies d’Iron Man, l’univers peut désormais accueillir des dieux sans donner l’impression d’avoir changé complètement de franchise. Le MCU découvre avec Thor qu’il peut étendre ses frontières très loin à condition de conserver des personnages suffisamment humains au centre.
En résumé
Thor réussit avant tout grâce à Chris Hemsworth et Tom Hiddleston, mais aussi grâce à Kenneth Branagh, qui assume pleinement la dimension mythologique et familiale du récit. L’évolution d’un Thor arrogant vers un héros digne de Mjolnir reste simple mais particulièrement efficace.
La romance avec Jane est précipitée et certains choix visuels ont vieilli, mais cette première aventure possède une sincérité et une personnalité qui rendent l’arrivée des dieux dans le MCU étonnamment naturelle.
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